Introduction :

      Antoni Gaudi I  Cornet est né en 1852 à Reus. Il est issu d’une famille d’artisans  chaudronniers et ferronniers. Gaudi attache une grande importance à la religion qui lui a été inculquée par sa famille. Selon lui, « L’homme sans la religion est un homme diminué ». Il est également très attaché à ses origines sociales ainsi qu’à son pays.

      Son œuvre n’est pas exclusivement architecturale et ce dernier s’éloigne de l’idée classique que l’on se fait de l’architecture.

      Il n’a pas de style particulier car il ne correspond pas au concept traditionnel.    Ses compositions architecturales sont inspirées par la nature et contrastent avec la géométrie simple comme la ligne et le plan. A partir du plan et de la ligne droite, tous deux bidimensionnels, on passe dans l’espace à trois dimensions avec par exemple polyèdres, tétraèdres ou encore les dodécaèdres pentagonaux.

      Il n’a pas eu de maître.

      A 17 ans, Gaudi quitte Reus pour entrer à l’Université de Barcelone pour faire des études d’architecture.

      Il fait des études théoriques en 1873, il fréquente les cours d’architecte à l’école provinciale d’architecture de Barcelone et parallèlement, il travaille dans les bureaux de quelques architectes de la ville ; il obtiendra la mention excellent.

      Pour le directeur de l’Institut d’architecture, on avait reçu à l’examen ou bien un génie ou bien un fou, c’est un jugement qui poursuivra Gaudi toute sa vie car, même s’il avait bien parcouru le cursus normal de ses études, il s’éloigna bien vite des canons académiques de l’architecture de son époque.

      Il s’inspirera des livres mais se mettra vite à la recherche d’un style personnel.

      

     En 1926, Gaudi est fauché par un tramway, il est transporté dans le modeste hôpital de Santa Cruz, refusant une chambre plus luxueuse, il déclarera : « Ma place est ici parmi les pauvres ». Il y mourra 3 jours plus tard.

      Le 12 juin, Gaudi est enterré dans la crypte de la Sagrada Familia.

      En 1969, les œuvres de Gaudi sont déclarées monuments nationaux.

      En 1984, l’Unesco inscrit sur la liste du patrimoine mondial 3 œuvres de Gaudi : La Casa Milà, le Palau Güell, et le Park Güell.

I.                   HISTORIQUE

Ø  les édifices antérieurs

1875 : le plan d’une cathédrale suivant le modèle de la basilique de Lorette en Italie prend forme.

1892 : ensemble pour les missions catholiques franciscaines de Tanger (une église, une école et un hôpital), commandé par le second marquis de Comillas. Projet abandonné car il était trop luxueux et volumineux dont une tour centrale de 60 m de haut et un plan quadrilobe de 60 par 60 m. le dessin prévu pour les tours de Tanger fut repris dans celles de la façade de la nativité entreprises en 1903.

1908 : projet d’hôtel pour New-York, commandé par 2 entrepreneurs américains, abandonné car Gaudi était affaibli par la maladie.

           Ces deux projets expérimentaux furent cependant pour lui de magnifiques occasions de progresser dans l’aboutissement formel de la Sagrada Familia. L’élégance des tours conçues pour Tanger et l’audace du projet monumental de N-Y furent autant d’étapes qui lui permirent de concevoir les maquettes définitives de la structure de la SF ( épurant au maximum l’étude des surfaces rythmées en forme d’hyperboloïde ou de paraboloïde hyperbolique, ainsi que la conception des élégantes colonnes de la nef centrale).

Ø  le contexte historique

           Espagne :

¨  1852-1917: la poursuite de l’ancien régime

   1898: guerre hispano-américaine à Cuba

           1917-1936: deux expériences de modernisation, deux échecs.

¨  1936-1939:  guerre civile

¨  1939-1975: l’Espagne de Franco

¨  1975-2009: démocratie européenne

            Barcelone :

Tout au long du 19ème s, Barcelone est en expansion. De la démolition en 1854 de ses remparts au plan d’expansion établi plus tard Cerda, la ville est passée d’une étendue de 20 hectares à une superficie potentielle de plus de 200. Le moteur de cette expansion était l’industrie cotonnière et sidérurgique. De 1850 à 1900, la population quadrupla.

Par ailleurs, fabriques et usines s’installaient dans les agglomérations, ainsi se créa une couronne de centres industriels au-delà des limites du nouveau quartier.

Sants, sant-andreu, gracia, ou la barcelona constituaient à présent la nouvelle périphérique d’une structure urbaine dotée d’un fort dynamisme qui devait lui donner sa physionomie propre.

Les deux religions pratiquées en Espagne sont le christianisme et l’islam suite aux conquêtes arabes.

Ø  la construction de l’édifice

1877 : Paula De Villar propose de dessiner gracieusement le plan d’une église néogothique.

1883 : -La crypte est excavée et les piliers sont déjà montés quand, suite à un désaccord avec Martorell, Villar démissionne.

-Gaudi accepte avec enthousiasme le chantier sur proposition de Martorell et entre dans ses fonctions d’architecte pour la Sagrada Familia.

- pour la colonia Guell, Gaudi fit le dessin de l’église et détermina les charges qui se produiraient sur les arcs et les voûtes. On détermina la forme de la structure en suspendant, à l’aide de cordes ou de ficelles, des sacs de toile contenant des plombs dont le poids était proportionnel aux charges à calculer. Les cordes ainsi chargées dessinèrent spontanément le profil de l’ossature de la nouvelle église. Ce procédé fut repris pour la réalisation de la SF.

1898 : Gaudi étant grand admirateur et un parfait connaisseur du style gothique décortiqué par Viollet Le Duc, il n’a pas voulu s’inspirer de ce style, comme l’a fait Villar, mais recréer son dynamisme avec des techniques et des formes jamais utilisées. Il décide alors de modifier les plans des clochers de la façade Est. Le plan de base initialement carré devient circulaire.

1918 : Le plan définitif de Gaudi pour la façade de la Passion (côte Ouest) est terminé.

Les campagnes de construction :

1881 : Les terrains sont acquis pour la construction de la SF.

1882 : Jour de la Saint Joseph, pose de la première pierre conformément au plan de Villar.

1884 – 1887 : Construction de la crypte.

1885 : Gaudi réalise un autel, un reliquaire et un tabernacle pour le promoteur du temple Josep Bocabella.

1889 : On finit la crypte de la famille sacrée et on commence la construction de l’abside.

1891 – 1900 : Construction de la façade de la Nativité à l’Est.

1895 : On commence la construction du cloître.

1900 : Décoration des 3 portails de la façade orientale est terminée pour le gros œuvre. Les clochers ont atteint une hauteur de 32m.

1905 : Les clochers atteignent 44m de hauteur.

1906 – 1914 : Construction ralentie pour des raisons financières : les ressources s’épuisent et les donations diminuent.

1912 : Les clochers arrivent à la hauteur de 66m.

1909 : Construction des écoles de la SF à côté même du temple.

1914 – 1918 : La construction est complètement interrompue, les perturbations de la Guerre menacent tout le chantier, le nombre d’ouvriers est réduit à 6 ou 7 personnes et le déficit s’est élevé à 30 000 pesetas.

1914 : Les clochers atteignent 70m de hauteur.

1922 : Les clochers arrivent à la hauteur de 82m.

1925 : Le clocher dédié à Saint Barnabé est achevé.

1926 : Mort de Gaudi, les architectes Domenech Sugranyes et Francesc Quintana reprennent le chantier.

1927 – 1930 : Les 3 clochers restant de la façade Est sont achevés.

1932 : La construction du cyprès et du pinacle central est commencée.

1933 : Le pinacle du portail de la foi est fini.

1939 : Fin de la guerre, on commence à restaurer la crypte.

1948 : Début de la construction de la baie vitrée de la croisière Sud.

1948 – 1954 : Pour le congrès eucharistique international de Barcelone, construction de la façade de la Nativité.

1953 : L’assemblée décide de construire la Façade de La Passion.

1954 : Début des travaux des murs de la façade ouest : murs, clochers et fondations.

1958 : Terminaison de la chapelle du Baptistère de la crypte.

1959 : Début de la construction du pilier du transept consacré à Barcelone.

1976 : Pointes des clochers de la façade ouest sont achevés.

1985 : - Achèvement de la façade Ouest.

- Nomination à la tête du chantier de l’architecte Jordi Bonet.

- Isidre Puio I Brada reprend les restes de maquettes et les reconstruit pour poursuivre la construction.

1995 : Construction des voûtes des nefs latérales.

1998-2000 : construction des voûtes de la nef centrale.

2001 : Construction des 4 colonnes du porphyre de l’autel principal au centre de la croisée. Construction du vitrail central de la façade de la Passion.

2002 : Travail sur les voûtes de la croisée et de l’abside pour fermer d’espace intérieur du temple.

Situation des travaux en mai 2005 :

Zones terminées : Crypte, Façade de la Nativité.

En cours de travaux : Façade de la Passion (très avancée), il manque la toiture de la galerie supérieure du Porche, de l’abside, du cloître. La nef principale est déjà couverte. Le transept et le Maître Autel sont en phase de couverture. Façade de la Gloire et le chœur sont seulement commencés.

Zones non commencées : Les sacristies, le baptistère et la chapelle de la pénitence, les dômes, les obélisques, la chapelle de l’Assomption.

Maîtres d’œuvres : Villar, Gaudi, Bonet, Blanch.

Maitres d’œuvres délegués : Joan Rubio I Bellver (il achève de dresser un plan de l’édifice en 1915) , Francesc Berenguer I Mestres, Josep Maria Jujol I Gibert et Cesar Martinell I Brunet.

Maitres d’ouvrages : La commande revient au libraire et editeur Josep Maria Bocabella qui avait fondé, à la suite de l’épidémie de choléra de l’été 1865, une association placée sous la protection de Saint Patron de la Catalogne, St Jospeh : l’association spirituel des dévots de St Joseph. Au cours d’un pelerinage à Rome, la decision est prise de faire édifier à Barcelone, un temple dedié à la Sainte famille. Un projet est demandé par Martorell à l’architecte diocésain Paula del Villar qui dresse les plans d’une église néo-gothique. 

Ø    l’histoire de l’œuvre après sa construction

Durant la guerre civile de 1936, les ateliers de la SF furent saccagés et incendiés. Des moulages, des archives et de nombreuses sculptures de la façade de la nativité disparurent, la tombe de Gaudi dans la crypte fut profanée. Seules quelques photographies furent récupérées par Matamala.

L’édifice est toujours en construction, la date de fin de projet annoncée est 2026 pour les plus optimistes cependant certains évaluent la date de fin de construction vers 2040-2050.

II.                Description :

Ø  La situation :

L’œuvre architecturale de Gaudi est intimement liée à Barcelone. Si toutes ces réalisations ne se situent pas dans cette ville, il n’en est pas moins vrai que l’on ne peut comprendre l’ensemble de sa création sans la mettre en rapport avec les rêves et les changements que vécut la capitale catalane depuis le dernier tiers du XIXème s, jusqu’à la deuxième décennie du XXème.

Cette nouvelle ville que les barcelonais de la génération de la restauration voient croître doit repenser l’implantation de ses grands services, de ses monuments, de ses bâtiments publics et cela en partant de l’idée d’une cité capable d’assumer définitivement son rôle de métropole.

Ø  La composition d’ensemble :

La SF devait être le centre d’une petite cité qui devait comprendre des ateliers et des écoles, seule une école paroissiale fut réalisée selon la décision de Gaudi. Cette école devait être démolie dès qu’on aurait besoin de l’emplacement pour la construction de la nef principale. Le fait que cette école existe toujours en dit long sur l’état de l’avancement des travaux.

Ø  Les matériaux utilisés sont la pierre de carafe et on trouve partiellement de la céramique. Aujourd’hui le béton armé est privilégié.

Ø  Les espaces de l’église

-          La façade de la nativité

-          La façade de la passion

-          La façade de la gloire avec le baptistère et la chapelle du sacrement

-          La crypte

-          L’abside

-          Les dômes et les obélisques situés aux 4 coins du temple

-          Les cloîtres

-          Les sacristies

-          La chapelle de l’assomption

-          La croisée et le transept

-          Les nefs et les chœurs

-          Le presbyterium ou maître autel

Ø  le mobilier

-          bancs pour les officiants

-          un faldistoire

-          une chair portative

-          des confessionnaux

-          un ténébraire

-          un pupitre

-          un candélabre pour le cierge pascal

-          éléments lithurgiques et décoratifs : symboles, guirlandes, décorations en mosaïque, des peintures sur les voûtes et les piliers avec des images des saints et des anges).

ð  Le mobilier métallique est original, celui en bois, qui a été brulé en 36, a été reconstruit

Ø  La structure et les plans

Les éléments constructifs du temple ( structure de soutien)

-          les piliers

-          les voûtes

-          les baies

-          les murs extérieurs

-          les toitures

Plan :

-          Edifice de type basilical en forme de croix latine

-          Axe central occupé par 4 travées latérales (7,5m de large) et une nef centrale (15m de large)

-          La longueur totale comprenant la nef et l’abside est de 95m

-          A la croisée, il y a deux sorties de chaque côté de la croisée : une sur la façade de la Nativité et une autre sur la façade de la Passion.

-          La nef principale possède une sortie par la façade de la Gloire qui est encore à construire.

-          L’abside a 7 chapelles rayonnantes, il y a à chaque extrémité un escalier polygonal.

-          Déambulatoire

-          Le cloître entoure presque toute l’église, il est conçu comme un élément d’isolement de l’extérieur qui est différent de sa situation traditionnel qui se trouve à côté du lieu de culte

-          Dans la zone centrale de l’abside, le cloître est divisé par la chapelle de l’assomption et de chaque côté, il y aura une sacristie

-          A gauche de façade de la Gloire (principale), il y a le baptistère et à droite, la chapelle de l’eucharistie et de la pénitence.

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Ø  l’élévation

III.               SYNTHESE

-          Place de l’édifice dans la carrière de l’architecte

La participation de Gaudi dans la réalisation de la construction du temple a concerné l’abside, la façade de la nativité avec ses 4 clochers (seul le clocher de Saint Barnabé fut terminé, les autres n’avaient que la base sans les pinacles).  En 1925, Gaudi transfère sa résidence dans l’enceinte de la SF pour pouvoir suivre les œuvres de plus près. Cette œuvre fut le projet le plus ambitieux et le plus monumental qui marqua l’apogée de sa carrière d’architecte. Gaudi était lui-même conscient de l’ampleur de la réalisation d’un tel projet : «  vaincre 3 siècles d’architecture est une œuvre titanesque pour un seul homme, mais cela ne signifie pas que nous ne devons pas l’entreprendre. »

-          L’œuvre dans l’histoire de l’architecture

N’étant pas terminé à ce jour, il est difficile de situer la SF dans l’histoire de l’architecture notamment par les nombreuses successions d’architectes n’appartenant pas à la même époque même si Gaudi avait laissé des directives pour la construction de  ce temple. Aujourd’hui on privilégie plus l’aspect touristique que architectural, de ce fait de nombreuses polémiques voient le jour par rapport à l’utilisation du ciment pour finir la SF.

Cependant ce temple où se retrouve tout l’ensemble de la problématique de l’architecture est conçu comme une synthèse des solutions constructives, symboliques et monumentales.

Le caractère inachevé de la SF constitue l’expression la plus accomplie de la conception millénariste que Gaudi avait de l’œuvre architecturale monumentale.