L’art nouveau tchèque à travers l’exemple de la Maison municipale de Prague.

 

 

 

 

 

 

 

I-Historique.

 

1- Prague 1900.

 

Avant de s’intéresser de près au bâtiment, il faut revenir sur le contexte politique et surtout culturel de sa construction.

Depuis le XVIIe siècle les tchèques sont rattachés à l’empire habsbourgeois et c’est à la fin du XIXe siècle que les revendications d’autonomie se radicalisent. Le peuple gagne certaines victoires comme en 1897, lorsqu’une loi rétablit la langue tchèque en tant que langue nationale, à côté de l’allemand, dans un système bilingue. Les mouvements populaires d’influence nationaliste inquiètent l’ordre impérial. L’empereur accepte donc de faire un certain nombre de concessions afin d’apaiser les tensions. Ces concessions se retrouvent dans la libre expression de nouveaux courants artistiques et architecturaux, dont celui de la « Sécession », branche tchèque du courant Art Nouveau.

C’est l’esprit du « réveil national » qui devient la source principale d’inspiration des artistes praguois. La date de fondation de la « Secese » se situe autour de 1898, période où, dans la plupart des pays européens, émergent des courants à la fois semblables et différents de l’Art Nouveau français. Plusieurs particularités distinguent la branche tchèque de ses influences viennoises ou parisiennes, mais domine surtout un mélange de modernisme et de tradition.

La nouvelle architecture ne marque pas de contraste violent avec les vieux immeubles de la ville, elle s’insinue plutôt de manière discrète et délicate. De plus c’est mouvement accepté par le pouvoir puisqu’il est utilisé pour la construction de bâtiments officiels (théâtre national, hôtel de ville).

 

 

2- L’Obecni dum : la maison du peuple.

 

L’architecture de la Maison municipale est représentative de cette « modernité classique ». En effet ses deux architectes, dont nous reparlerons plus loin, sont d’influence différente : si bien que l’on peut y observer un mélange de néo-classicisme, néo-baroque et d’Art Nouveau. La construction de la Maison est née de la volonté des citoyens de Prague qui voulaient bénéficier d’un grand centre culturel au cœur de la ville, un bâtiment qui puisse abriter tous les groupes artistiques alors en pleine expansion.

L’emplacement choisi est symbolique : il s’agit de celui de l’ancien palais royal, en plein centre de Prague. Cet ancien palais était la résidence des rois de Bohême de 1383 à 1485, puis a été abandonné pour servir de séminaire, ainsi que de collège militaire. On ne rase pas tout l’édifice du XIIIe siècle : on laisse érigée la Tour poudrière, symbole historique que l’on prend en compte dans l’élaboration de la Maison.

La Maison est conçue pour être une représentation digne de la culture tchèque, selon une vision égalitaire du service public : c’est un énorme complexe culturel sensé recevoir la visite aussi bien d’intellectuels et de bourgeois que de membres de la classe ouvrière.

 

La valeur symbolique de l’édifice se maintient dans les années suivantes puisque inauguré en 1912, il est l’endroit du rassemblement du comité national tchécoslovaque et celui de la proclamation de l’indépendance de la République tchécoslovaque, le 28 octobre 1918.

La Maison municipale, située à l’intersection de la rue Na Prikope et de la place de la République offre un très bel échantillon de l’Art Nouveau.

 

 

3- Le projet et la construction.

 

Le site a d’abord été proposé en 1901 par un mémorandum de la société civique de Prague soumise aux autorités de mairie. En 1903 seulement un concours est organisé pour choisir le projet architectural. Trois architectes sont récompensés (Dryak, Pospisil et Balsanek) mais aucun n’est désigné vainqueur. Le conseil municipal décide donc de nommer Pr. Antonin Balsanek et Osvald Polivka pour concevoir l’édifice. Leur travail est supervisé par un conseil de neuf membres incluant d’autres architectes.

Antonín Balsanek: Municipal House, perspectiveLe projet final et un budget de trois millions de couronnes sont approuvés le 10 décembre 1904 et c’est durant l’été 1905 que l’entreprise Schlaffer & Sebek commence les travaux de construction. Quelques parties du bâtiment sont utilisées très tôt, dès les années 1909-1910 alors que l’édifice n’est officiellement ouvert que le 22 novembre 1912.

 

Un certain nombre d’artistes thèques ont participé au projet, nous reparlerons des peintres et décorateurs plus tard, il faut parler ici des deux architectes.

 

 

 

Antonin BALSANEK ( 1865- 1921)

Il étudie à l'école polytechnique puis à l’Académie de Prague. Il effectue des voyages d'études en Allemagne et en Italie avant d'être nommé professeur à l'Ecole polytechnique pragoise. Après ces premiers projets de caractère principalement néo-baroque (musée de la ville de Prague, 1899-1902), il se tourne vers la Sécession dont il utilise surtout l'appareil décoratif tout en conservant une volumétrie traditionnelle. A côté des théâtres de Pilsen et de Pardubice, sa réalisation la plus importante est la Maison Municipale à Prague en collaboration avec Polivka (1904-1909).

 

Osvald POLIVKA (1859-1931)

L'un des plus célèbres architectes du tournant du siècle, il est l'auteur de nombreux bâtiments de style Art Nouveau à Prague. Ses réalisations les mieux connues sont le bâtiment des Assurances Praha, de la maison d'édition Topic, et des magasins Novak. Il conçoit également des immeubles d'habitation.

 

 

 

 

II- Extérieur.

Pour le gros œuvre, les principaux matériaux utilisés sont bien évidemment la pierre, tel que le gré, mais aussi quelques éléments de ferronnerie.

C’est le second œuvre de cet édifice qu’il est plus intéressant d’étudier. On a l’utilisation d’un grand nombre de matériaux pour le second œuvre de l’édifice, et surtout pour la décoration de ce complexe. On trouve des décorations principalement de stuc, pour les sculptures notamment, mais certains reliefs sont en bronze, en pierre artificielle ou même en gré.

A l’extérieur, la décoration est faite d’éléments de ferronnerie, parfois munis d’or et de peinture. D’autres éléments sont en fer forgé, comme des détails de balcons ou de marquise.

Le complexe est composé d’un seul bâtiment, de forme massive et compacte, formant un triangle irrégulier, épousant la forme de la parcelle. Sa superficie est de 4214 m².

On observe deux étages dans ce bâtiment les fenêtres sont alignées et nombreuses, prouvant que  les architectes ont longuement réfléchis sur le problème de l’éclairage et surtout de la lumière.

 

L’ensemble du bâtiment  extérieur possède une architectonique  remarquable.

On distingue sur les façades extérieures du bâtiment, des œuvres sculpturales monumentales, ainsi qu’un ensemble de têtes sculptées allégoriques en stuc, placés dans les macarons se trouvant dans les quinze niches des fenêtres cintrées alignées des ailes du bâtiment. Ces têtes sculptées ont été faite par le sculpteur Karel Novak.

Ces têtes sculptées sont des symboles nationaux culturels. Les travaux de stuc faits sur les façades latérales, ainsi que les travaux en pierre artificielle et les décors végétaux typiquement art nouveau, prouvent une collaboration totale entre les différents artistes : peintres, sculpteurs et architectes.

La toiture est définie par une coupole, une sorte de grand dôme placé au dessus de l’entrée circulaire. Cette coupole est métallique et possède des décors de dorures et de verrerie.

L’entrée principale de la maison municipale est protégée par une marquise. Le toit possède des décorations  en stuc ou en pierre artificielle. Ces décorations sont riches en couleurs et patinées, débordant sur les murs extérieurs de la maison municipale. Sur le toit, on distingue d’autres décorations en cuivre, en zinc voire même en titane zinc.

 

 

III- Intérieur.

 

L’intérieur est équipé de toutes les commodités de l’époque telles que le chauffage central, le système de ventilation, eau potable, des ascenseurs hydrauliques et électriques et une blanchisserie à la vapeur. Le tout sur 4214 m2.

On s’attachera seulement aux pièces les plus importantes aux vues du nombre important de celles-ci.

 

 

LE REZ-DE-CHAUSSÉE

 

Du côté de l'entrée principale de Namesti Republiky  se présente un salon avec des lambris de marbre et un sol en mosaïque orientale créé par G. Petrucci. Sur les côtés des portes donnant accès au hall se trouvent deux reliefs de bronze représentant la Faune et la Flore, un travail réalisé par Bohumil Kafka.

La décoration de stuc a été créée par F. Kraumann et son atelier. Dans la pièce principale, ou restaurant français, des scènes allégoriques sont peintes par J. Wenig, sur un mur de côté il y a une scène "de Prague accueillant ses visiteurs", à gauche de l'entrée au registre supérieur, une allégorie de la Croissance, et à droite celle du Vin. Sur la partie supérieure des murs, on a découvert et rénové le papier peint original. Le luminaire et les horloges réalisés par F. Anyz ont été rénovés et complétés selon la documentation historique.

Dans la partie opposée du corps principal de bâtiment, vers la Tour Poudrée, se trouve un CAFÉ doté des lambris originaux, les murs cloisonnant la pièce et les tables sont faits d'acajou avec des bancs couverts du cuir. Sur un des murs du Café, il y a une fontaine éclairée représentant une Nymphe faite par J. Pekarek en marbre de Carrare.

Le SALON DE L’ESCALIER donne aussi accès aux deux escaliers principaux menant aussi bien au sous-sol qu’aux étages supérieurs. Le pavement en terre cuite fait par G. Petrucci a été rénové ainsi que d'autres parties intérieures. Les cabines d'ascenseur luxueuses, aujourd'hui destinées à être utilisées seulement par le président et le maire, ont été faites par la société F. Ringhoffer. La décoration de stuc a été créée par J. Capek.

 L'ESCALIER PRINCIPAL qui mène au sous sol est décoré de panneaux de céramique représentant des scènes de l’histoire de Prague, qui ont été exécutées par l’usine Rakovník , selon les dessins d’E. Hlavin.

 

LE SOUS-SOL

L'escalier se termine par un foyer inférieur doté d’une fontaine et un plancher de céramique. Au  centre du foyer l’accès au BAR AMÉRICAIN. Le bar a été décoré d’après les dessins colorés de Mikolas Ales dans la période 1910–1911. En 1921 ceux-ci ont été remplacés avec les copies faites par A. Neumann. Sur les pilastres décorés avec des tuiles céramiques noires il y a six dessins de personnages :" Un tonnelier,"" un compatriote avec une oie,"" un jardinier (femelle),"" un boucher,"" un cuisinier avec un poisson "et" un batteur avec un lièvre". Des deux côtés du bar sont représentées les scènes suivantes "à la chasse", "l'Arrivée d'un seigneur dans un pub", "le bond Annuel se régalant dans un pub" et "un mardi gras". Au milieu de la voûte avec "la pluie" dorée pend le lustre au dessin de héron. Au sous-sol, sous le Restaurant français est le RESTAURANT PILSEN, décoré avec trois peintures de J. Obrovsky qui sont insérées dans une mosaïque de céramique :" La récolte en Bohême" étant suspendu sur le mur par le bar et un Garçon et une Fille à côté d'une entrée voûtée. De vieux dessins et une documentation ont été utilisés pour faire de nouveaux luminaires et des horloges. Les tuiles céramiques avec les emblèmes de la ville aussi bien que les vitraux sont des originaux.

 En face du bar se trouve un bar à vins où les panneaux de bois faits par J. Sadilek sont incrustés de tuiles céramiques et de miroirs. Les décorations de stuc ont été créées par F. Kraumann. Le travail incrusté, qui avait été endommagé, est maintenant restitué à l’identique.

Dans la partie centrale du rez-de-chaussée surélevé se trouve le VESTIAIRE CENTRAL, décoré de crochets en métal et de miroirs sur les pilastres. Un nouveau plancher en terre cuite a remplacé le plancher céramique original. Les appliques murales sont des répliques des originales qui n'ont pas été préservés et les copies ont été créées selon les photographies prises en 1912.

La galerie du Café continue dans les PIÈCES DE JEUX avec un couloir et un grand hall de jeu. On peut également y  accéder par un escalier de côté qui donne sur la rue U Prasne brany.

 L’ESCALIER PRINCIPAL qui mène à la mezzanine et aux étages supérieurs est fait de marbre de Carrare et des balustrades sont faites de marbre de Slivenec. Les stucs ont été créés par A. Strunc. L'escalier se fini avec le treillage original des puits d'ascenseur, il y a aussi des panneaux, des vitraux et des miroirs.

 

 

 

LE PREMIER ETAGE

 Il est d’abord composé du FOYER PRINCIPAL, peint de décors figurés et ornementaux ainsi que de marbre artificiel. Le foyer forme une entrée dans l'espace central de la Maison Municipale qui est le HALL SMETANA. Le hall occupe la section centrale entière de la maison et occupe une hauteur de plusieurs niveaux. Le hall, conçu comme une salle multifonction, a sur l’avant une scène flanquée de deux groupes de sculpture en stuc réalisées par L. Saloun. Les fresques de mur et de plafond représentant des allégories de la Musique, de la Danse, de la Poésie et du Théâtre ont été créées par K. Spillar. Sur les balcons sont disposées des plaques et des portraits des compositeurs tchèques Jan de Holesov, Bohuslav de Cechtice, Krystof Harant de Polzice et Bezdruzice, Vaclav Jan Tomasek, Frantisek Skroup, Vilem Blodek, Karel Bendl et Zdenek Fibich par J. Kalvoda.

 

Sous la voûte sur pendentifs se trouvent quatre sculptures par K. Novak, qui a participé avec L. Kofranek et J. Kalvoda dans la création d'autres éléments de stuc qui peuvent être vus dans le hall. La menuiserie et les lambris de la scène ont été faits par J. Navratil. Un peu de mobilier, la verrière, les grilles d’aération faites par A. Cada et J. Simunek, ainsi que les miroirs sont d’origine. Le hall est dominé par l'orgue, qui a été fait par J. Tucek, autour duquel prend place un relief de bronze doré de B. Smetana fait par F. Hergesel.

 Le portail avec l'emblème de La ville de Prague au-dessus du porche raccorde le foyer avec le HALL DU MAIRE contenant les peintures d'A. Mucha. La fresque du plafond : la "Concorde slave" avec un aigle au centre est représentée avec les vertus humaines, personnifiées par les caractères historiques tchèques : Fidélité, Force, Vigilance, Intransigeance, Indépendance, Justice, la Sagesse Maternelle et le Militantisme. Les trois fresques murales ont été inspirées par les textes : "Saint Mère de la Nation, acceptez l'amour et l'enthousiasme de vos fils!" "Humilié et torturé vous n'êtes pas que vous devez être réanimés, mon pays!" "Avec la force vers la liberté, avec l'amour vers concorde". Les vitraux ont été conçus par A. Mucha et installées par V. Stanek et J. Sebek.

La pâtisserie, photo: www.obecnidum.czLA PIÈCE ORIENTALE, que l'on a appelé à l'origine la Pièce serbe, a encore la peinture de stencil originale et la décoration de stuc ornementale et de verre coloré. Le mobilier, avec les bancs, les vitres et les lustres récemment accomplis qui avaient auparavant quelques éléments disparus, a été préservé, en incluant des coussins et quelques rideaux. La pièce BOZENA adjacente à la pièce NEMCOVA a une fontaine dans en mosaïque et tuiles. La fontaine a été créée selon O. Polí. Le pylône de céramique est décoré avec une sculpture subtilement vernie de B. Nemcova.

La plus grande pièce de cette aile est une ANCIENNE CONFISERIE avec des murs riches de miroir et de décoration de stuc. Sur la colonne à l'alcôve, il y a une peinture par V. Jansa : l'exposition de la ville de Tabor. On y trouve aussi des armoires de verre, des bancs, plusieurs tables avec les repose-pieds dorés. La partie supérieure du comptoir en marbre a été rénovée selon de vieux dessins aussi bien que les chaises et des tables.

 

LE SECOND ETAGE.

Au second étage dans l'aile menant vers Namesti Republiky (le Carré de république) se trouve le FOYER SUPÉRIEUR avec les sculptures de stuc à côté des entrées au balcon principal du Hall Smetana, avec une table ronde originale avec un plateau de marbre. A l’opposé il y a le portail du HALL HOLLAR qui est une pièce circulaire avec un plafond de verre. Le hall est raccordé des deux côtés avec les HALLS D'EXPOSITION.

Dans la DEUXIÈME MEZZANINE il avait l'habitude d'y avoir des PIÈCES DE CLUB et de RÉUNION. Dans l'aile faisant face à la rue U Obecniho domu, dans les anciennes pièces du club des messieurs et du club agraire, il y a maintenant deux plaques commémorant les événements du 28 octobre 1918.

 

Sur les étages supérieurs où il avait l'habitude d'y avoir des appartements, des blanchisseries, etc. il y a maintenant des bureaux. L'espace derrière la maison sert maintenant pour les vestiaires d'artistes et l'équipement technique du Hall Smetana. Il y a aussi une nouvelle pièce de répétition ici et dans l’ancien grenier il y a un grand appartement avec une vue de Château de Prague.