69 et 71 avenue Foch, Emile André

Emile André : 1871-1933

Son père Charles André s’installe comme architecte en 1873. En 1886, il obtient le poste d’architecte départemental et en 1877 il est élu conseiller municipal. C’est donc un homme connu et important à Nancy. Il rencontre des artistes de l’avant-garde nancéienne de l’époque.

En 1894, il dirige la 1ère expo d’arts décoratifs lorrains. Il a un rôle important dans le succès de cette manifestation et dans la genèse de l’école de Nancy.

Emile André poursuit la tradition familiale. Il décide d’acquérir une formation théorique à l’école des Beaux-arts de Paris. Il y entre en février 1893 et est admis dans l’atelier de Laloux.

Il parfait sa formation par de nombreux voyages qu’il entreprend dés 1894 :

En Tunisie, Italie, en Egypte, à Ceylan ,en Inde, en Perse.

Il développe un fort intérêt pour l’art et l’architecture islamique qui va influencer sa carrière.

Historique

Les maitres d'ouvrages des deux immeubles appartiennent tous les deux au monde de la construction, qui connait une période florissante en Lorraine depuis le dernier quart du 19ème siècle.

Il s'agit tout d'abord de Jules-Léon Lombard (1846-1911), qui occupe la fonction de maitre carrier à Cousances-les-forges. Il commande à Mr Emile André un immeuble de rapport devant s'élever à l'actuel 69 avenue foch.

Le maitre d'ouvrage du second immeuble est l'entrepreneur Jean-Baptiste France-Lanord. Fils d'un maçon originaire de la creuse arrivé à Nancy en 1865, il s'associe vers 1900 à son neveu Auguste Bichaton et fonde l'entreprise France Lanord et Bichaton qui réalisera les deux immeubles. Il fera fortune en construisant de nombreuses usines et des établissements industriels mais est surtout l'un des premiers à avoir utilisé le béton armé, introduisant également à Nancy de nouveau procédés de levage.

Ainsi, les deux maitres d'ouvrages font tous les deux partie du monde de la construction mais ne st pas issus de la même classe sociale. Le 71 Avenue foch appartenant à une entreprise, il a sans doute bénéficié d'investissements plus importants.

Oeuvres antérieures

L'avenue Foch, dans la quelle nous nous trouvons, s'appelait à l'époque de la construction des édifices la rue du Faubourg St Jean. Elle a été créée en 1870 et faisait parti d'un plan de développement urbanistique qui concernait tout le quartier de la gare. Ces deux constructions mettent un terme à l'urbanisation de la rue

Historique du terrain sur lequel sont construits les édifices.

Le terrain fait partie des éléments déterminants d'un immeuble, Sa taille et son emplacement détermine fortement l'élaboration d'un projet architectural.

En 1890, Mr Muscat achète une parcelle (36 rue de la commanderie) sur laquelle il construit et occupe un immeuble. Il va ensuite diviser la partie non construite de son terrain pour la vendre plus facilement.

Le 19 mars 1902 Mr Muscat vend à Mr Lombard la partie de sa parcelle correspondant au 63 rue du faubourg St Jean pour un montant de 21 950 francs.

Les 14 et 20 juin, la parcelle restant, comprise entre le terrain achété par Mr Lombard et l'immeuble de Mr Muscat est vendue à l'entreprise France Lanord et Bichaton.( correspond au 71 avenue foch). Elle mesure 14m de largeur et 34 m de long et a été vendue pour la somme de 18 600 francs.

La parcelle de Mr Lombard est pentagonale est assez irrégulière. Celle de Mr France Lanord est plus longue et étroite, elle forme un coude qui épouse la forme du terrain de Mr Lombard.

En 1905 la numérotation de la rue a changé, depuis la propriété de Mr Lombard se situe au 69 avenue Foch, celle de Mr France Lanord au 71.

Contexte historique

Pour les deux commanditaires, le but était le même: construire un immeuble source de revenus. Nancy connaissait à l'époque un fort développement du secteur tertiaire de son économie, ce qui a généré la naissance d'une nouvelle bourgeoisie qui cherchait à se loger. De plus, l'arrivée des Alsaciens-lorrains suite à la défaite de la guerre de 1870 provoque une forte demande immobilière. La politique urbaine du pouvoir municipal, qui était très insuffisante pour répondre à cette demande a laissé le champ libre aux investisseurs privés.

Tous ces phénomènes contribuent à expliquer l'attrait que représentait le secteur immobilier pour ceux qui souhaitaient faire fructifier leurs liquidités. De plus, l'immeuble de rapport entre deux murs mitoyens est assez «économique » à construire puisque seule la façade sur rue demande des matériaux couteux tandis que les murs pignons sont souvent constitués de moellons et que la façade sur cour peut recevoir un simple crépis. Ce type d'immeuble présente cet avantage par rapport aux hôtels particuliers qui sont généralement bâtis de manière indépendante.

Ces deux immeubles ont été construits pour une clientèle de bourgeois issus de professions libérales (industriels, médecins), de rentiers et de cadres du secteur tertiaire.

La construction de l'édifice

69 Avenue Foch

Maitre d'oeuvre est Emile André, le maitre d'ouvrage Mr Lombard.

19 mars 1902: achat du terrain

25 mars 1902: Autorisation du permis de construire

15 avril 1902: Plans des étages

10 mai 1902: Plan de l'appareil du rez-de-chaussée

25 mai 1902: plan de l'appareil du premier étage

En mars 1903 le 3 ème étage est terminé.

17 juin 1903: Autorisation de construction d'un canal, pour raccorder la maison à l'égout public

22 juin 1903: autorisation d'un trottoir bitumé

Marque l'échèvement des travaux, qui auront donc duré moins d'un an et demi

71 Avenue Foch

Maitre d'oeuvre est Emile André, le maitre d'ouvrage est Mr France Lanord

14 et 20 juin 1902: achat du terrain

25 juin 1902: autorisation de permis de construire

Emile André commence certainement à esquisser ses 1ers projets pour l'immeuble durant l'été 1902. A la fin de l'été le chantier débute, vraisemblablement par la construction du plancher de la cave.

février 1903 André dresse le projet d'éxécution du rdc. Il décide également le profil général de la façade, après différents porjets, c'est pourquoi il adresse au maire de Nancy une demande d'établissement de 2 bow windows, un grd balcon et une loggia.Cette autorisation est accordée le 11 mai 1903.

9 juillet 1903: plan du 4ème étage qui ne sera d'ailleurs jamais réalisé.

Le gros oeuvre est sans doute achevé en septembre 1904 puisqu'à cette date l'architecte s'attèle à dessiner des détails de menuiserie.

Au final la construction du 71 avenue foch aura duré presque deux ans et demi soit un an de plus que le 69 avenue foch.

Les premiers habitants s'installent en 1905.

Description

a) Fiche d’identité

69, avenue Foch :

structure : un sous sol – 3 étages carrés – 2 étages de combles – l’escalier est dans œuvre. Il y a un jardin

Matériaux :

gros œuvre : calcaire (Euville), pierre de taille en moyen appareil – brique – moellon et enduit

second œuvre : ferronneries (grilles des vantaux de la porte cochère et de son imposte – garde corps de la coursière) - boiseries

c’est Emile ANDRE qui a dressé les dessins pour : plan – profil de la taille de pierre – décor de la ferronnerie – ordonnance de la façade – menuiseries extérieures

couverture : ardoise et tuile mécanique, le toit est en « shed » à deux longs pans. C’est une pratique insolite en France mais en Lorraine, c’est plutôt courant. L’avantage est que cela laisse de l’espace aménageable dans les combles.

71, avenue Foch :

structure : un sous sol – 4 étages carrés – un étage de comble – l’escalier est dans œuvre, tournant, avec jour

La porte cochère ouvre sur un chemin carrossable qui mène à une cour arrière, des écuries et une remise à automobiles (la remise a été détruite)

matériaux : les mêmes

gros œuvre : les mêmes que pour le 69 : calcaire (Euville), pierre de taille en moyen appareil – brique – moellon et enduit

second œuvre : de même ferronneries et boiseries

couverture : également ardoise et tuiles, toit à 2 longs pans.

L’eau courant était installée dans les deux immeubles. Et une cheminée était installée dans chaque pièce habitable, les salles à manger, elles, munies d’un poêle dans une alcôve.

Immeuble de rapport : la configuration des étages change peu d’un étage à l’autre, il y avait toutes les commodités nécessaires à l’habitat dans chaque appartement : une salle à manger, un salon, chambre, cuisine et une salle d’eau.

Le n°71 étant un immeuble dont le budget pour la construction était plus conséquent, il avait des équipements plus luxueux. On a les dessins d’étude pour l’aménagement d’une chaudière et du chauffage central mais on ne sait pas s’ils ont effectivement été installés. Et l’électricité devait également être installée à l’intérieur.

Deux maisons formant un ensemble cohérent ?

L’Immeuble de M. Muscat, à l’angle de la rue, est marqué au premier étage par un large bandeau continu, le troisième étage, par un large balcon en fer forgé : les deux lignes forces de la façade

Au 69, ANDRE reproduit ces mêmes lignes en marquant le 1er étage d’un bandeau et d’un balcon et le 3e d’une loggia continue.

Sur le 71, se poursuit la ligne inférieure marquée encore une fois par un balcon de pierre tandis que la loggia du 3e étage participe à la ligne supérieure.

Il semble donc que l’architecte reprenne les poncifs de l’époque Haussmannienne en participant à la création d’une perspective urbaine cohérente (ces lignes convergent lorsque l’on regarde les façades de profil)

Les loggias sur les deux façades au même niveau d’élévation représente un élément unificateur de ces deux maisons de rapport. Motif hérité de ce qui se fait sur les façades parisiennes.

Mais, les deux bow windows du 71 marquent une rupture dans la linéarité des façades accolées. Cela brise une régularité qui aurait pu être trop routinière et donne ainsi du pittoresque à la façade. La ligne ne se poursuit avec rigueur que pour le 1er étage. Cela donne l’impression que les deux façades, tout en se fondant dans le paysage urbain, conservent leur originalité propre.

Dans les deux immeubles, il y a une absence de remplissage au-dessus des arcs de la loggia. Les arcs étant ainsi mis en valeur par l’ombre créé par le vide qui les surmonte.

Deux façades somme toute bien distinctes

69, avenue Foch

Mis à part le portail rejeté latéralement, son élévation présente une symétrie parfaite

La largueur des baies croit d’un niveau à l’autre donnant à la façade une composition en pyramide inversée, si bien qu’au 3 niveau, les fenêtres sont plus larges que hautes.

Le premier étage, dans la tradition, conserve sa qualité d’étage noble. Il est de fait mis en valeur, ici, par un balcon central.

Ici, il y a correspondance entre les fonctions et la taille des espaces et les fenêtres : au centre : deux baies les plus larges = les deux pièces les plus grandes par la taille et par leur fonction d’apparat.

Et ce sont sur ces fenêtres que se trouvent les réseaux de petits bois travaillés à la manières de tiges végétales (participant au rendu organique de la façade) (apports très important de VALLIN pour la carrière d’ANDRE notamment sur le travail des boiseries)

Les menuiseries des baies de l’immeuble de M. Lombard reprennent en les simplifiant, les lignes des devantures des magasins VAXELAIRE. ANDRE et VALLIN ont collaboré au chantier des magasins VAXELAIRE en 1901.

Il est à noter l’absence totale de motifs sculptés (en opposition avec l’idée communément véhiculée de l’Ecole de Nancy) Il s’agit selon toute vraisemblance ici d’une influence de Vallin, qui donnait à la ligne une place prépondérante sur ses façades. La ligne, structurante mais aussi esthétique et décorative, donne à la façade toute sa dynamique. La ligne se suffisait donc à elle-même (cf concept de l’art gothique)

De fait, toutes les parties de la façade sont reliées entre elles et forment un ensemble indissociable. Les consoles de la loggia naissent de la masse murale. Et il y a une boursouflure, pour aider les consoles dans leur rôle porteur. Les consoles des balcons issues, elles aussi de la masse murale se fondent totalement avec le garde-corps, si bien que c’est le balcon tout entier qui semble jaillir du mur

L’esthétique est confié au mur et à lui seul (parce que le budget de M. Lombard était limité ? car il n’y a pas de décor sculpté). l’appareillage souligné par la perfection de la stéréotomie et la couleur jaune des joints constitue le décor, le motif de la façade. Cf démarche rationaliste : importance accordée à l’expression de la maçonnerie (François Loyer). Les joints teintés constituant le seul graphisme des grands aplats muraux. En effet, dans ses dessins, ANDRE a représenté de façon très rigoureuse le plan détaillé que devait suivre le maçon dans l’assemblage des pierres (et à fortiori, dans l’emplacement des joints de l’appareil).

Le mur est d’autant plus affirmé qu’il y a une absence totale de modénature autour des baies.

Les pierres d’angles qui sont associées aux montants de celles dont elles émergent contribuent à donner un cadre, à délimiter et à souligner les bords de la façade. Dénote certainement d’un rejet de l’angle droit.

Les colonnettes sans chapiteaux : même idée du rejet de l’angle droit + respect de la ligne continue + la suppression de l’élément structurel traditionnel contribue à l’épurement des lignes de la façade.

L’appui de la fenêtre en accolade (profil courant durant le moyen âge) participe aussi de la volonté d’animation de la façade par l’ombre et la lumière. Motif relativement courant à Nancy à cette époque mais il est rendu en toute subtilité : il naît du mur et crée une faible saillie adoucie.

Balustres des balcons : jeu d’ombre et de lumière créé par le vide creusé dans le rebord du balcon crée une illusion d’optique, les espaces vides semblent constituer les balustres même des balcons.

Ce motif des vides des balustres des balcons est reprit sur les boiseries de la porte d’entrée donnant une unité formelle à la façade.

Epurée – organique (forme humanoïde au rez-de-chaussée),  utilisant des moyens esthétiques sobres.

71, avenue Foch

Façade qui a fait l’objet de nombreux projet, 8 au total. Le premier très classique, Style Louis XIII, avec appareil de brique et chainage d’angle en pierre de taille, est resté sans suite, tout en ayant posé des éléments structurant à la façade. Sont restés : l’emplacement de la porte cochère sur l’extrémité droite de la façade –l’étage noble orné d’un balcon central, surmonté de 3 niveaux de 4 fenêtres dont deux sont regroupées au centre, formant ainsi trois travées.

Au cours des projets, abandon progressif de la brique sur la façade (seuls restent, dans la réalisation, celles des arcs de la loggia, il y a là subsistance d’une esthétique de la polychromie des matériaux)

Des projets aux influences diverses tantôt néogothique, tantôt néoclassique

Et un projet exhubérant avec lucarne d’un pignon élancé se découpant sur la toiture. (comme maison HUOT quai Claude le Lorrain) où sont mêlées références pittoresques, médiévales et exotiques

Il est étonnant de remarquer que ce n’est pas ce dernier projet, le plus aboutit, qui a été retenu pour la réalisation. C’est sans doute du à une frilosité du commanditaire. En effet, ce projet très excentrique, tranchait trop radicalement avec la production architecturale Art Nouveau de Nancy. L’intrusion d’un pittoresque aussi poussé en ville et, à fortiori, dans un immeuble de rapport n’a sans doute pas manqué d’effrayer France Lanord et Bichaton.

A en juger par le nombre de projets si différents, on sent bien que celle-ci était traitée pour elle-même. Cette façade peut ainsi être considérée comme une œuvre d’art en soi, qui était sans doute destinée à attirer la clientèle à laquelle l’immeuble était destinée (riche locataires)

Dans la réalisation

Il y a un rez-de-chaussée sobre, un étage noble avec balcon, un deuxième étage, le troisième étage comprend une loggia entre deux bow windows et un étage sous combles.

Un étage supplémentaire a été rajouté, c’est le seul qui reprend la polychromie des projets, il est agrémenté d’un balcon courant au-dessus de la loggia et du bow window de droite. L’utilisation de la brique rouge pour remplissage du mur permet au pignon de se détacher plus clairement. De plus, cela provoque l’impression fausse que ce dernier niveau est en recul par rapport à la façade.

Cet étage ajouté se comprend sans doute par la volonté du commanditaire de bénéficier d’un appartement complet et confortable supplémentaire et ainsi, de rentabiliser au maximum l’immeuble.

Le bow window a sans doute été adopté pour faire écho avec la Tour de la Commanderie qui lui fait face (la Tour de la Commanderie est le monument le plus ancien de Nancy).

Le bow window, structure en encorbellement rappelle la construction médiévale privée et en garde tout le pittoresque. Mais il agrémente aussi l’intérieur (éclairage, vue oblique sur la voie publique) et il détermine un nouveau type de façades aux décrochements puissants.

C’est par ailleurs, sur le bow window  que va se concentrer l’intérêt décoratif, symbole de modernité.

Le bow window de gauche court sur 3 étages et prend place devant une chambre. Celui de droite, présent seulement au 3e étage, agrémente une salle à manger.

Pour cet édifice, la taille des bais n’est pas en rapport avec la taille et la fonction des salles à l’intérieur de l’édifice. Le salon qui est une pièce de dimensions moins importantes que la salle à manger est éclairée par la double fenêtre centrale, alors que la pièce destinée aux repas ne prend le jour que par une baie de taille identique à celle de la chambre.

Il s’agit en quelque sorte d’une façade plaquée, sans lien logique avec la distribution intérieure (rejoint l’idée que les différents projets montrent que la façade a été travaillé pour elle même, comme une entité à part).

Une inspiration toute gothique dans le décor

Eléments appartenant à l’esthétique gothique présents sur la façade du 71 (cf, beaucoup d’édifices néo-gothiques construits à Nancy dans la deuxième moitié du XIXe siècle) : structure en encorbellement du bow window, de la loggia, la lucarne pignon formant une sorte de gâble, et le pinacle de la fenêtre du 3e étage.

L’inspiration gothique transparaît aussi dans la sculpture. Par les choix de son emplacement d’abord. Elle vient souligner les éléments structuraux de la façade (les consoles de la loggia, les fougères qui se courbent pour suivre l’élan vertical du pinacle, accompagnant et accentuant ainsi la dynamique et le mouvement des formes, les algues sur le pignon ; motifs rappelant les choux frisés le long des rampants du pignon (cf palais ducal))

Il y a aussi des fleurs de chardon stylisées (sorte de « nationalisme régional ») sur le garde-corps de pierre du 4e étage.

Cette façade se distingue du 69, par l’abondance de ses décors sculptés, de motifs naturalistes sur une silhouette toute médiévale.

III note de synthèse

Carrière
En 1900 il s’installe comme architecte à Nancy.

En 1901, il construit un des 1er bâtiments art nouveau de la ville : les magasins Vaxelaire rue St Jean. Il est associé à son père pour cette construction qui est très médiatisée. Avec ce bâtiment, Emile André participe à la formation du courant art nouveau à Nancy.

Toujours en 1901, il établit le plan du lotissement du parc de Saurupt, où il réalise la loge du gardien, la villa Les Glycines et la villa Les Roches.

Les immeubles situés aux n° 69 et 71 Av. Foch sont commencés en 1902, donc au début de la carrière d’Emile André.

En 1903, André fait une demande au conseil municipal pour construire des bow-window et des loggias. Sa demande est acceptée. Par cet accord, le conseil municipal permet aux architectes nancéiens d’individualiser leurs immeubles par de puissants décrochements. Les bow-window deviennent des signes distinctifs de l’art nouveau.

Avec cette construction, André participe activement à renouveler l’allure traditionnelle des immeubles de rapports de la ville

L’entreprise France-Lanord et Bichaton est concessionnaire du système Hennebiq pour  le béton armé. Donc Emile France-Lanord tient à ce qu’il soit employé pour l’immeuble. Mais André ne sait pas tirer partie des possibilités techniques qu’offre le béton armé puisqu’il conserve la technique traditionnelle des murs porteurs en maçonnerie et prend garde à ce qu’on ne distingue pas la présence du béton armé à l’extérieur.

Ces immeubles font partie du début de la carrière d’André. Il va poursuivre sa carrière d’architecte,  notamment avec sa collaboration avec Munier et Charbonnier. Ses constructions se caractérisent par la mise en oeuvre très maîtrisée de nombreux matériaux, ajoutée à l'invention de formes décoratives nouvelles, inspirées surtout par le style gothique. (André est sensible aux théories défendues par Viollet le Duc  et en cela il suit une démarche rationaliste où les façades des maisons sont construites en fonction du plan intérieur). Cela donne à ses édifices un caractère singulier et pittoresque.

En 1919 il participe à la reconstruction de 2 villages lorrains (Flirey et Limey)

Sa dernière construction est pour la société HBM de l’Est , 5 » bvd Clémenceau.

André s’est aussi essayé à la création de mobilier. Il est le seul architecte de l’Ecole de Nancy à s’intéresser aux arts décoratifs.

situer l’œuvre dans l’histoire de l’archi

A la fin du XIXème s. et au début du XXème s. , un fort sentiment régionaliste animent les artistes et architectes nancéiens. Les artistes, s’ils sont tournés vers le futur, font aussi référence au passé car ils veulent tirer leur inspiration du patrimoine artistique lorrain.

L’intérêt d’André pour le travail du fer forgé montre sa volonté de renouer avec la discipline artistique de Jean Lamour au XVIIIème s. En même temps, les grilles et les garde-corps en ferronnerie d’André montrent qu’il  s’inscrit dans le courant art-nouveau.

Son graphisme nerveux, sobre et dynamique (pour les grilles) s’éloigne parfois des conceptions plus naturalistes qui caractérisent l’Ecole de Nancy. Il montre qu’André s’intéresse aussi à la création européenne contemporaine.

La plante reste la source d’inspiration privilégiée mais elle est souvent retravaillée et simplifiée. Les garde-corps du n°71 demeurent abstraits. Le chardon (lorrain)a un motif nerveux… et les rivets sont laissés apparents pour peut-être évoquer les épines du chardon ( différent pour les garde-corps en pierre du balcon du 4è)

André est le 1er a utilisé les bow-windows pour ses constructions, montre qu’est un précurseur de l’Ecole de Nancy. Il garde aussi sa spécificité, inspirée notamment de l’architecture musulmane.