LA MAISON DU PEUPLE

La Maison du peuple est intimement liée à l’histoire du parti socialiste Belge, en effet :

- Au carrefour de 3 civilisations, le socialisme belge partage les caractères essentiels de chacune d’elles. Le parti ouvrier Belge suit une orientation réformiste ; il refuse la révolution car il estime que la conquête du pouvoir sera obtenue par une classe ouvrière organisée, à la suite d’une évolution progressive vers la victoire finale.

- Le suffrage universel, récemment conquis, offrait aux socialistes la perspective de s’assurer le contrôle du pouvoir. Le succès des grèves des années 1880 et l’entrée des socialistes au Parlement après les élections de 1894 consacraient la montée rapide d’un mouvement qui comptait seulement 9 années d’existence. Ce sont les années glorieuses du Parti Ouvrier Belge.

- Dans tous les coins du pays naissent des ligues ouvrières et on assiste à un développement des coopératives. Fondées et gérées par les coopératives, les maisons du Peuple apparaissent : construites dans chaque ville importante de Belgique, elles n’étaient pas seulement des locaux ou les différentes organisations ouvrières tenaient des assemblées et installaient leurs services administratifs ; elles étaient en même temps, l’instrument et le symbole de la solidarité morale et matérielle qui soudait étroitement toutes les formes de l’organisation du prolétariat en vue d’une action commune. Elles représentaient l’organisation locale du parti, comparable à ce qu’est l’hôtel de ville pour les communes urbaines.

- Leur rôle ? Chaque fois qu’une grève était imminente, les ouvriers se rendaient à la maison du peuplemaison du peuple de Bruxelles. En 1886, Bruxelles à son premier siège situé rue de Bavière, dans une ancienne synagogue pour rencontrer les militants responsables et discuter avec eux. On comprend des lors l’importance et la nouveauté de la (P2), qui comprenait, en plus d’un café, de grandes et petites salles, pour les groupements ouvriers. De plus le bâtiment est beaucoup plus « classique » que la Maison du Peuple.

- En 1888 une société y est constituée, elle produisait 500 000 pains. 4ans plus tard, elle atteindra le chiffre de 4 millions ! Une boucherie et un service médical et pharmaceutique sont bientôt créés. En 1892, la société prend définitivement le nom de « maison du peuple », société coopérative ouvrière de Bruxelles. La vieille synagogue de la rue de Bavière ne suffit plus : il faut un véritable centre social. Au lendemain du succès électoral qui donne au Parti ouvrier Belge plus de 300 000 voix et 28 députés au Parlement, la décision est prise de construire un nouvel édifice et Horta écrit dans ses mémoire : « Unanimement les anciens ouvriers, et les nouveaux intellectuels se rencontrèrent en mon nom. J’éprouvais une belle émotion le jour ou une députation de trois délégués vint me demander de prendre la charge des plans … j’avais les épaules assez chargées mais, on était jeune, on se chargerait bien encore de ceci. D’ailleurs, l’œuvre était intéressante, comme je l’entrevis instantanément : Construire un palais, qui ne serait pas un palais mais une « maison », ou l’air et la lumière seraient le luxe si longtemps exclu des taudis ouvriers : une maison ou serait la place de l’administration, des bureaux de coopératives, des bureaux de réunions politiques et professionnelles ; d’un café ou le prix des consommations serait en rapport avec les aspirations des dirigeants combattant l’alcoolisme encore si invétéré dans le peuple ; des salles de conférences destinées à élargir l’instruction, et, couronnant le tout, une immense salle de réunion pour la politique et les congrès du parti, ainsi que pour les distractions musicales, et, plus tard, théâtrales des membres. Ah ! Le beau programme ! » 

I – L’HISTORIQUE

 1) La construction

- Au mois de mai 1985, le conseil d’administration de la coopérative socialiste acquiert pour 228 000 francs un terrain de 13ares qui donnait, de face, sur la rue Stevens et latéralement sur la rue des Pigeons et la rue de la Samaritaine. Un petit terrain donc que Horta décrit comme « irrégulier en diable, et frappé de la servitude réglementaire de hauteur, et de la surface de non bâtie, a laquelle le service des travaux ne faisait ni exception, ni concession … encore bien moins dans le cas présent ou il s’agissait d’un corps politique ne régnant pas encore en odeur de sainteté, loin de la ».

- Horta se met immédiatement à l’œuvre. Il passe 6mois dans les plans préparatoires et 3 mois pour les mettre à l’échelle. Une 15zaine de dessinateurs, sous la surveillance de l’architecte Pringers, travaillent durant 1 an et demi à la reproduction des plans grandeur d’exécution. Tout est dessiné avec minutie d’après la réalité, des particularités de la façade jusqu’au moindre détail de l’intérieur. Le jour de l’inauguration, on apprend que la conception de l’édifice a requis 75 rouleaux de

75 mètres

de papier d’un mètre cinquante de haut soit environ 8500metres carrés de dessins ! Soit l’équivalent en surface de la grande place de Bruxelles.

- Les travaux de terrassement commencèrent à la fin de l’année 1985, avant l’élaboration définitive d’un projet d’ensemble. Le début de la construction est lente car au cours du premier semestre 1896, la construction est ralentit suite à des retards dans la fourniture des pierres destinées aux plinthes et aux soubassements ; la rigueur de l’hiver 1986-1987 provoqua un nouvel arrêt et il a alors fallu attendre le printemps pour continuer les travaux, qui, enfin, redémarrent de manière soutenue. Les poutrelles en fer, réalisées par la maison Bertau, furent rapidement montées, à la grande satisfaction de tous. Un nouveau contretemps vient perturber la construction : craignant que la maison du peuple ne soit pas assez grande, on acquiert 2 parcelles de plus prés de la place de la chapelle, et, au lieu de poursuivre les travaux, on procède à des démolitions et on apporte des variantes aux structures déjà réalisées jusqu'à une certaine hauteur, non sans susciter des protestations pour les retards multiples. Entre temps, les projets avaient été amendés, Horta complète alors les plans de la grande salle des fêtes et, a partir de 1898, tout se déroule enfin selon les prévisions.

- La construction de la maison du peuple fournit aussi l’occasion d’appliquer intégralement le système coopératif : la société coopérative ouvrière était l’acquéreur et les travaux furent exécutés par différents coopératives. Ainsi, l’atelier des menuisiers de Bruxelles réalisa l’ameublement, donnant du travail à une 40aines d’ouvriers pendant 1an et demi. La coopérative de L’union des peintres de Bruxelles exécuta les peintures aussi et le Benkendorf pour les vitres et les verrières

- La construction a alors nécessité :

- 600 000 kilos de fer

- 2000m cube de maçonnerie.

- 

250 mètres

cube de pierre blanche et

150 mètre cube

de pierre bleue.

- Le mètre carré de surface bâtie revenait a 500 francs de l’époque (pas énorme quand on sait qu’une maison ordinaire coutait 300francs et que le Palais de la Justice avait lui couté 2000francs !)

La Maison du Peuple fut inaugurée le dimanche 2 avril 1899 en grande pompe
(P3)!  Pour cet évènement un cortège s’était formé au niveau de la gare du Midi pour aller vers la rue Joseph Stevens. Il y avait des Maisons du Peuple dans chaque grande ville de la Belgique mais celle de la rue Stevens était la plus importante.

C’est la construction de cet immeuble comme chacun sait,  qui devait asseoir pour toujours la réputation du grand architecte belge Victor Horta.

Des centaines et des centaines de drapeaux rouges étaient balancés durant cette marche.  Tous étaient là pour inaugurer l’église socialiste de Victor Horta.   Emile Vandervelde, Jean Jaurès le célèbre socialiste…et bien d’autres figures de l’époque.

« Pâques rouges intitulait l’éditorial du « Peuple » dans une édition spéciale pour l’événement. « C’est le jour solennel, c’est l’heure triomphante ! Voici le fruit de nos efforts ! Regardez aujourd’hui la grande œuvre qu’enfante le Peuple uni » Chantent des poètes. « L’œuvre superbe est terminée, œuvre d’espoir et d’avenir »

 II – LA MAISON DU PEUPLE

 1) L’architecture extérieure

    - 

Horta se retrouve face à deux difficultés dés le début :

- CAR La façade en verre et en fer est à réaliser sur terrain difficile. Et cette façade centrale doit être elliptique pour épouser la forme de la place Vandervelde. 

Pour la première fois en effet depuis certains monuments gothiques, Horta crée un langage original qui distingue l’architecture belge et la rend indépendante

Dans la maison du peuple, Horta dispose pour la première fois non d’une façade étroite mais d’une bande de 80metres de long qui adhère au périmètre extérieur du terrain, se courbe et se recourbe au centre et décrit ainsi une ligne vaguement sinusoïdale. (P4).

Il reprend aussi certains thèmes fondamentaux de la recherche baroque et atteint, dans la courbe sinusoïdale de la maison du peuple, une certaine fluidité dans l’espace. 

Depuis le sol jusqu’au sommet, on a une hauteur de 21mètres. 

Au pied de la façade, on trouve le soubassement qui était en petit granit (P5).

Les montants en fer, qui s’accrochaient au soubassement ou y prenaient simplement appui (P6), s’élançaient ensuite, dans une riche variation des thèmes dont toutes les possibilités étaient exploitées

Autre élément important, il faut noter que la façade de la maison du peuple suit la forme du terrain et la déclivité de la rue. Un dénivelé qui atteint 7mètres !

Maintenant, les différentes façades :

Elles étaient surement d’une teinte rouge donnée par les pilastres de briques de cette couleur et les ferronneries peintes en rouge. (P8)

La structure de pierre ne constitue que l’encadrement de la façade, comme un cadre décoratif autour d’une peinture.

L’ensemble est bien « d’acier et de verre » (P9); le métal est développé dans des formes très naturalistes qui, à quelques endroits, semblent naitre de la pierre comme des plantes. Le principe traditionnel de n’utiliser la pierre que pour des structures portantes massives est abandonné ici. L’acier, pour lequel on entrevoyait un grand avenir, porte maintenant contre tout logique les plus grandes charges.

Prendre l’acier comme matériaux prédominant est
un pari pour Horta et il en est conscient étant donné qu’il l’écrit dans ses mémoires : « Ce matériaux n’était guère nouveau, mais il était encore rarement employé sous une forme artistique, en raison de l’hostilité qu’il rencontrait auprès du public, qui ne voyait que son usage industriel, et ne l’envisageait nullement au point de vue artistique ».

Horta franchit alors le pas pour appliquer ce matériau industriel à l’architecture, pour le faire accepter et faire en sorte qu’il plaise a la fois aux clients du magasin (il ne fallait pas nuire à la réussite commerciale de son client) et aux hôtes des riches hôtels de maitre.

Dans la mesure où le fer libérait l’espace intérieur et permettait surtout à la façade de perdre toute consistance, il était vraiment un symbole de la transparence et permettait d’inverser le rapport entre espaces pleins et espaces vides pour laisser les surfaces transparentes dominer.

- Façade du coté de la Place Vandervelde

Elle a une forme elliptique pour épouser la forme de la place.

ENSUITE, dans sa composition, on a 2 piliers (P10) qui s’élançaient des cotés de l’entrée du café et ce jusqu'à la hauteur de la balustrade.

Tous ces piliers, que l’on retrouve sur toutes les façades, sont en briques rouges de plusieurs teintes afin de composer un chromatisme rougeoyant et chaud rappelant la couleur du parti.

On a 7 divisions au dessus de la porte (P11) et 2 de chaque cotés du 1er étage, ces divisions sont rythmées par de fines nervures qui s’appuyaient sur une console métallique d’amortissement.

Le balcon présent au 2ème étage s’interrompt à hauteur de l’escalier visible (P12).

Ce balcon était légèrement bombé (P13). 

Soutenu par de puissantes consoles en fer rivetées à la charpente (P14) et des petites voutes de briques qui se courbent pour renforcer l’ouvrage (P15) afin de soutenir la pression de la salle des fêtes.

Le balcon se tient sur les nervures, avec un jeu de courbe du balcon face aux nervures verticales. (P16)

Ces nervures métalliques se poursuivent dans les linteaux des fenêtres du 3étage et certaines sont poursuivent par les porte drapeaux qui filaient vers le ciel. (P17)

En termes de lignes, la cage d’escalier est décalée, et c’est une courbe étrange qui assure l’harmonie des lignes. (P18)

La balustrade, construite suivant la technique habituelle des fers plats (P19) ne renonçait pas aux effets dynamiques provoqués par le doublement ou le triplement de l’épaisseur du fer aux points de départ de la spirale pour se terminer, en s’amincissant, par le rituel « coup de fouet ». Confronté avec la nécessité de rendre l’exécution simple et accessible, Horta ne renonce à rien de ce qui faisait partie désormais de son langage spécifique ; il est amené, pour ainsi dire, à se réinventer lui-même, en atteignant des résultats d’une grande concision. On retrouve des balcons de ce genre à l’Hôtel Solvay,

Ces parties tôlées étant destiné à porter des inscriptions de noms de personnalités socialistes (P20)

Même si l’étude de chaque élément semble démontrer que la façade est plutôt hétérogène, le tout est quand même assez harmonieux. (P21)

- 

La Façade surmontant l’angle d’entrée (à l’angle de la rue des pigeons et de la place Vandervelde):

La porte percée dans des murs en pierre bleue était la plus monumentale (P 22) de l’édifice car elle donnant accès au local susceptible d’accueillir le plus de monde. Avec cette porte on peut accéder au grand vestibule, qui amène vers deux escaliers.

Le bow-window (fenêtres en saillis sur une façade) au dessus de la porte (P23) saillant brise la façade et lui est raccordé avec une virtuosité remarquable. Il ne s’agit plus d’éléments interchangeables appliqués sur le mur, mais bien de courbures de la paroi même. 

Sur ce bow-window, deux balcons étaient en saillis (P 24). 

Ce balcon est intéressant car il est quasi certain qu’il n’avait pas été imposé dans le programme. Horta l’inscrit délibérément dans cette partie d’angle. 

- Façade coté rue des Pigeons : (P25) 

Horta opte pour un parti pris plus simple, plus calme, plus horizontal en abandonnant les nervures saillantes des linteaux des portes.

On retrouve un escalier avec les mêmes caractéristiques que celui de la façade concave. Un escalier qui utilise la possibilité offerte par le verre, c’est ainsi qu’on voit les escaliers depuis la rue.

 - La rue de la Samaritaine (P 26) 

Elle présentait des ouvertures dépouillées, taillées très simplement et regroupées en séries de trois et de 5 éléments avec des plates-bandes rectilignes de fer. (Dans le carré rouge)

2) 

L’aménagement intérieur

Cet édifice doit symboliser la puissance du parti ouvrier montant. Il est situé près des quartiers populaires et, de sa toiture-terrasse on aperçoit le bas de la ville. L'agencement des pièces est conçu pour la facilité d'accès et la sécurité :

Au RDC, on a un espace très ouvert avec multiples entrées. On retrouve une salle de café sur deux niveaux et des vitrines de magasins

Au 1er étage, On a la partie haute du café, la salle de réunion au dessus de l’entrée d’angle, et des magasins.

Au 2eme, on a divers locaux.

Au 3eme, On a la salle de spectacle.

Au 4eme (toit), le toit où on retrouve la balustrade 

On peut rappeler que l’aménagement intérieur offrait de multiples associations de matériaux comme des combinaisons pierre-fer, fonte-fer, bois-marbre, fer-verre ainsi que des alliances de bois de différentes qualités et de couleurs contrastantes.
Le fer occupe aussi une place primordiale à l’intérieur car il est très présent dans deux lieux : dans la salle de café et dans la grande salle de spectacles comme nous le verrons dans l’étude de l’aménagement intérieur.

D’ailleurs cela permet à la lumière de pénétrer profondément dans le bâtiment par la toiture vitrée et la façade de verre donnant sur la rue 

Plus précisément, on avait :

(DIAPO 1 - RDC)

Un café au RDC et on y rentre par l’entrée principale coté place Vandervelde.

(P 27) Il est mis au RDC pour continuer l’habitude contractée rue de Bavière et surtout parce qu’il devait faire office de hall des manifestations et permettre donc à une foule compacte de s’y réunir sans difficultés.

La salle de café est un octogone irrégulier de 20mètres de long, 16mètres de large et 8mètres de haut qui occupe la partie centrale du bâtiment. Il est légèrement dissymétrique à cause de la façade concave. Dans la maison du peuple, l’irrégularité du terrain est ordonnée par la recherche d’une série de polygones contigus dotés au moins d’un axe de symétrie (MONTRER SUR DIAPO). Horta organise presque toujours l’espace en structures polygonales qui se touchent ou s’interpénètrent en vue de suggérer des lignes directrices diagonales et de multiplier des tracés fluides. 

Du coté droit, les poutrelles jumelées prenaient appui sur des consoles en pierre blanche qui partaient du soubassement (P 28). C’était un des éléments les plus vigoureux dans la continuité entre la pierre et le fer, thème sans cesse approfondi par Horta. A l’extrémité haute de ces poutrelles, on avait deux nervures qui se croisaient (P29) pour plus de résistance mais tout en restant esthétique. 

Du coté gauche les nervures métalliques descendaient directement vers les sous-sols (P30), sans soubassement. 

Le plafond était réalisé selon un dessin dominé par le jeu des diagonales.

L’analogie avec l’art gothique et l’influence des plafonds en charpente décrits et illustrés par Violet le Duc dans son dictionnaire sont ici évidents.

Le volume de la salle et la courbure des poutres déterminaient l’importance et la force concave de la façade ou les montants des cloisons vitrées étaient en rapport avec la division du plafond en éléments carrés de 5metres de coté environ. La structure compliquée du plafond du café, élaborés comme une voute d’arête plate devait soutenir toute la charge des étages de toute l’élévation (P31).

Les plafonds étaient élaborés rationnellement mais en même temps de façon décorative. La décoration étant fondue dans la construction.

Le café de la Maison du Peuple était l’une de ces structures que Horta avait poussé jusqu'à l’extrême.

La finesse de la construction métallique était accentuée par la lumière dont la pénétration était soigneusement calculée. 

 Le porche d’entrée (Porte d’entrée vers le grand vestibule, à l’angle de la place Vandervelde et de la rue des Pigeons) (P 32)

Il était d’aspect austère.

Un caisson nervuré surplombe les battants, placé en encorbellement, il soutient la façade. (P 33)

Une cloison vitrée munie d’une double porte vitrée, sertie entre deux minces piliers rectangulaires, reliés par le soubassement aux deux pilastres engagés dans les murs latéraux, le séparait du grand vestibule.

Dans les portes on trouve des éléments en fer coupés en forme de pétales, qui contrastent avec la robustesse des matériaux. (P34)

Piliers et pilastres étaient surmontés de chapiteaux et impostes originaux sculptés d’après des moulages, réalisés dans les ateliers de Horta, et qui recevaient des poutrelles assemblées. 

ð Sas Obscure juste après le porche, sombre comme savait le faire Horta

 

ð Le grand vestibule (on y accède par l’entrée précédente)

Il se présentait très ouvert et de proportion assez grande.

Divisé longitudinalement en 3travées correspondant à celles de la salle de café, il était séparé des autres locaux par des menuiseries en chêne largement vitrées. L’échappée latérale de droite permettait de voir la presque totalité de la grande salle de café (P35), tandis que celle de gauche faisait découvrir un double escalier a révolution curviligne et gracieux (P 36) (C’était l’escalier utilisé pour descendre des étages).

On constate un contraste évident entre les deux échappées disponibles.

 

Si l’on va vers les escaliers, avant de monter les marches, il fallait passer sous un vaste portique en fer, une baie a triple ouverture (P37), d’esprit gothique qui consolide le vestibule et joue le rôle d’ouverture symbolique entre espace public et espace privé.

 

Cette grande ouverture vers le double escalier était pratiquée dans un mur de pierre et de brique dans lequel étaient enrobées 4 poutrelles placées verticalement, indispensable à la stabilité du bâtiment. Il eut été facile de les enrober totalement dans le mur, mais pour Horta, ca aurait été une faute et il décide de les laisser dans l’axe des murs (P 38) afin qu’elle puisse travailler dans les meilleures conditions de résistance. De ce fait, elles devenaient partiellement apparentes. Certains éléments montre comment, avec de l’imagination et une certaine virtuosité, un élément constructif, d’aspect assez rébarbatif, peut devenir une œuvre d’art. (P 39) comme le départ d’un élément métallique. On retrouve de nombreux exemples de cette maitrise dans les constructions de Horta entre 1893 et 1906, période la plus faste en invention et apogée de son architecture.

  Le hall du grand escalier (P 40)

Il faisait suite au grand vestibule. C’était un escalier utilisé pour monter, si l’on monte, on trouve le hall avec le grand escalier qui mène au vestibule du 1er étage, à la salle de réunion au 2eme et à la salle de spectacle au 3eme) 

Ses murs longitudinaux se trouvaient dans le prolongement de ceux du grand vestibule.

La pièce est simple, droite, a l’inverse du vestibule de l’Hôtel van Eetvelde. Cet hôtel est commencé par Hora au même moment que la Maison du Peuple, mais, son vestibule est beaucoup plus compliqué : il nous oblige à suivre un escalier en tournis.

(P41)

Parallèles, sur la moitié de leur développement, les murs convergeaient ensuite vers les dés (P 42). Chacune des déviations était réalisée par un plan concave à peine perceptible et d’une grande finesse de tracé. On découvrait le départ de l’escalier de fond, véritable apothéose et moment unique dans l’histoire de l’art ; une volée de 8marches flanquée de deux dés qui prenaient appuis sur la deuxième marche, 3 marches se profilant pour s’estomper et venir mourir sur un sous bassement. (P43)

 

Ces dés, ces piliers et ces chapiteaux qui étaient le prolongement l’un de l’autre, était-ce de la sculpture ou de l’architecture ? L’œuvre, dans sa simplicité apparente, échappe à toute classification. Les 3 termes : dés, piliers, chapiteaux employés un peu plus tôt perdent leur individualité tant la fusion des 3 éléments était totale. Il ne s’agissait plus en réalité que d’un seul élément de composition (P 44).

Au centre du premier palier, une colonnette en fonte, sur un soubassement en pierre bleue, marquait la division de l’escalier unique en deux volets identiques de dimension plus réduite. Chacune de celles-ci étaient traitées séparément en brique, pierre bleue et blanche, fonte, poutrelles, tous les matériaux restant apparents.

 

(DIAPO 2 – 1ère étage)

On retrouve des magasins du côté de la rue Stevens,

On a aussi la hauteur du plafond du café puisqu’il s’étirait sur 2niveaux.

Enfin, on a des bureaux côté rue de la Samaritaine

(DIAPO 3 – 2ème étage)

 ð La salle Matteotti (P 45) (ou salle de réunion du deuxième étage)

Cette salle (16 x 8,50 x 5) située au second étage était initialement une salle de gymnastique, de réunion, et de projection pour les jeunes. Sa caractéristique essentielle se trouvait dans le plafond étagé sur 3 niveaux et correspondant a la sous structure du plancher des 3 dernières travées de la grande salle de spectacle qui lui était superposée. La plus grande fenêtre possible placée sur la largeur et du coté le plus haut assurait a la salle un éclairage suffisant. 

(DIAPO 4 - 3ème étage) 

ð Salle destinée aux réunions du parti et aux fêtes et spectacles (on y arrive par le grand escalier)

Cette salle (54x 16,50 x 10,50) permettait d’accueillir 1500personnes assises.

Dans la charpente de cette salle de spectacles, Horta développe une construction extrêmement légère qui, malgré son raffinement, affiche clairement la composition de sa structure. Il ne se contente pas de reprendre l’acier des constructions industrielles et du monde des ingénieurs. Il donne à ses poutres très ajourées, le pouvoir d’exprimer symboliquement les forces et les tensions que subissent les matériaux. Anticipant les déformations et fléchissements (P 46) – une action rendue possible par l’usage du fer et de l’acier -, il génère un équilibre harmonieux agréable a la vue. 

Le soleil afflue par les séries de fenêtres du mur sud (P47)

Côté nord, la lumière est plus douce, et on a accès à la tabagie, pour les entractes. P48)

Vu la situation élevée de cette grande salle, les normes de stabilité imposaient une réalisation aussi légère que possible.

Au fond de la salle, le plancher se relève pour des raisons acoustiques car l’orateur devait être entendu de tout le monde (P49) 

La galerie supérieure est accessible au public (P50). Elle ceinture tout l’espace. 

Pour soutenir tout ce poids, on a disposé de très grosses poutres d’acier dans l’étage inférieur, ce qui n’a pas toujours d’effet heureux, comme peut en témoigner la poutre qui traverse la bibliothèque publique (P51)

III – Les réactions engendrées par la Maison du Peuple ?

 

1) Une critique favorable ou plutôt favorable 

Un regard positif :

- Le « Peuple » n’hésite pas à l’appeler « le monument ». Dans la même édition, le journal publie des dessins des éléments les plus caractéristiques de l’édifice et écrit : « toute lumière et toute force – aux quatre coins e l’horizon, ouverte au soleil qui l’inonde, appuyée sur une musculature de fer qui la dresse, indestructible […] La nouvelle maison du peuple de Bruxelles apparaît face a la capitale qu’elle domine, comme a l’avenir qu’elle évoque. Du haut de la terrasse, tous les monuments du bas de la ville semblent se presser a ses pieds […] O transfiguration des choses ! La cathédrale et ses succursales, c’est la religion qui vient a son tour payer son tribut de soumission au socialisme triomphant, la vieille foi qui s’incline devant la foi nouvelle ».

è Un regard plutôt positif :

- Le « journal de Bruxelles » se demande si la maison du peuple vaut le gros million qu’elle a couté. Il trouve que l’extérieur n’est pas beau, cependant – ajoute t-il – le souci d’art apparaît dans certains contournements de boiseries et dans ceux surtout des balustrades de fer des balcons de sauvetage, longeant l’édifice dans le haut. 

  Un regard partial qui s’attarde sur la décoration :

- La « Gazette » écrivait l’autre jour aussi. « Au dehors le caractère même du monument, l’économie de sa construction imposaient une décoration sobre en fait, elle est toute dans les balustrades des balcons de sauvetage, les boiseries des portes et des fenêtres. Ce n’est pas le moment de discuter les formes décoratives de l’architecture de M. Horta. On connaît le type caractéristique de sa colonne en métal qui, quelque soin qu’il prenne de ne pas imiter, interpréter les formes naturelles, rappelle si évidemment une tige végétale, s’accrochant par les griffes de ses courtes racines a la pierre qui la supporte, épanouissant et entre croisant quelquefois les naissances de ses rameaux pour recevoir la pierre supportée par elle. On connaît sa passion pour les courbe, qu’il justifie, elle, au contraire par les exemples e la nature, la ligne droite est rare, passion qui va jusqu'à imaginer des plafonds cylindriques ou ellipsoïdaux, on sait la franchise avec laquelle il tire parti de l’irrégularité et de l’asymétrie, et on connaît la jolie fantaisie de ses ornementations qui, a y regarder de prés, rappellent beaucoup les galbes de coquillages des ornementations Louis XV, ne sont a la vérité qu’un Louis XV plus maigre, plus austère, un Louis XV calviniste. » 

è Même le commanditaire est heureux du résultat :

- La conseil d’administration de la coopérative écrit : « Maintenant que la nouvelle maison du peuple est édifiée, qu’elle fait l’admiration des Bruxellois et des étrangers, nous pouvons être fiers de notre local et, avant tout, nous tenons à remercier et a félicité M Horta, notre architecte, qui a si bien conçu les aspirations de la coopérative socialiste et les besoins du Parti ouvrier Bruxellois et a mis a notre service son talent d’architecte et d’artiste pour nous donner pleine et entière satisfaction. »

 

2) Cependant, cette vision positive ne dure pas … 

è Une vision assez négative a postériori de l’œuvre de Horta :

- Le vieux notable socialiste Camille Huysmans dit que « l’idée générale de Horta était de construire une grande salle aux quatrième et cinquième étages, mais cette salle était mal conçue. Les auditeurs du fond n’entendaient pas les orateurs assis sur la scène. Il n’y avait pas d’ascenseur. Le public devait atteindre la salle à pied par un couloir montant, impossible à monter par des citoyens d’un certain âge. A la veille de l’inauguration de son prétendu chef d’œuvre, Horta s’est aperçu, gave a Huysmans, qu’il avait bâti en l’air et qu’il n’y avait pas de soutien pour la parti droite de la construction. Il a été obligé de la soutenir par un appareillage en fer, portant du bas vers le haut. Cet appareillage existe toujours. En outre, les salles étaient construire en dépit du bon sens. Elles étaient trop grandes ou trop petites. Elle ne convenait pas au personnel médical, ni au personnel politique. Au bout d’un certain temps, il a fallu compléter par le dos la géniale architecture de Horta. On avait choisi comme architecte un technicien qui ne semblait avoir aucune idée de ce que devait être un bâtiment destiné à la foule. On avait fait appel a Horta pour la construction de la maison du peuple parce que cet architecte avait des amis parmi les personnes ayant avancé de l’argent pour la construction. Ces amis de Horta étaient aveugles – Dit Huysmans - . Ils faisaient valoir que l’intéressé avait inventé un système original, dans lequel le fer devait jouer un rôle nouveau. Cette adaptation du fer était considéré comme exceptionnellement géniale. Je n’ai jamais partagé cette idée. J’ai visité les autres constructions de Horta. Je n’y ai jamais rien trouvé d’original ». 

3) Même Horta se rend compte du changement de regard vis-à-vis de son œuvre : 

- Dans ses mémoires, il écrit sur la maison du peuple qui a déjà été modifiée, agrandie sans sa participation ; elle a été repeinte sans aucun respect des tons originaux. « Depuis lors, la maison du peuple a été agrandie sans mon concours, de même elle a été peinte et repeinte sans soucis de ce qu’elle était lors de l’inauguration. Elle n’a pas pu grandir proportionnellement au parti. S’il fallait le refaire, il faudrait lui donner un tout autre caractère, car elle plus en rapport avec les exigences d’un parti dominant les autres. L’enseigne d’hier n’est plus l’enseigne d’aujourd’hui. Si on la démolissait, je n’en serais guère étonné, elle subirait dans ce cas, le même sort que plusieurs autres de mes œuvres qui ont déjà subi » L’Edifice, s’interroge l’auteur, serait il a ce point dépourvu de grandeur, de beauté architecturale pour qu’on se permette des transformations et même une démolition ? » 

- « Ma fidélité au programme donné, la préoccupation de l’emplacement du terrain étaient autant d’obstacles se heurtant au thème d’extension, car il était impossible de prévoir ans cette voie des ajoutes ne sachant d’où elles viendraient, ni quelle serait leur importance. Il en était de même pour mon architectonique, visant à être non un style, mais la simple expression de mes gouts et de mes capacités dénuées de tout emprunt, tendant à donner à l’œuvre un caractère permanent ; mais passager, a moins que par l’énorme détour de la conversion des gouts artistiques et publics, l’œuvre ayant résisté à la démolition, prenne caractère de permanence, et de conservation définitive » 

CONCLUSION : 

- CEPENDANT, la démolition va être décidée :

- A l’annonce de la démolition possible de la maison du Peuple (P52), la société centrale d’architecture de Belgique et la société Belge des Urbanistes et Architectes modernistes lancent un manifeste de protestation qui recueille environ 600 signatures d’architectes et de personnalité du monde des arts. Au congre international des architectes à Venise en 1964, une motion, votée à l’unanimité des 700 participants, adjure le gouvernement belge d’intervenir.

- Mais le 30 janvier 1964, le « soir » titre : « La maison du peuple définitivement condamnée » « l’annonce de cette disparition a plus ému les étrangers que les belges, mis a part le courageux manifeste de la société centrale d’architecture. En effet, l’œuvre du baron Horta n’est appréciée a sa très valeur qu’en Amérique, qu’au Japon, que dans les pays nordiques ; en Italie, en Allemagne, ou en en France parfois. En Belgique, le culte raisonné et raisonnable du grand architecte du « modern style » est aussi restreint que profond. »

- Des solutions pour sauvegarder la maison du peuple avaient été proposées : Comme démonter en vue d’une reconstitution intégrale ou partielle de la maison du peuple (la sale de spectacle, la salle de café, la salle d Matteotti). Ou alors en faire un musée d’art moderne dont Bruxelles est dépourvu mais la structure de l’édifice ne le permettait pas ! Une somme dérisoire de 25millions de franc aurait suffit à la sauver. (seuls quelques éléments ont été récupérés et remontés dans quelques bâtiments mais de nombreuses parties ont : soit été vendues sur le marché du fer ou abandonnées a la rouille dans des industries. (P53)

- En 1912, l’autorisation d’élever sur cet emplacement une construction a six étages en béton armé avait été accordée et en 1964, les six étages deviendront 20 et + ! Un immeuble-tour lourd remplace la petit chef d’œuvre de Horta.

-  Une construction banale a supplanté un chef d’œuvre ; cette substitution retentissante a aussi enlaidi la ville dont les rapports avec l’environnement avaient été interprétés par Horta avec subtilité ; même dans la nouveauté. La ville d’aujourd’hui se fait violence à elle-même et verse dans un gigantisme sans qualité