I. Historique

 

A partir des années 1870, la place Maginot connait de nombreuses modifications. La porte Saint Jean, les maisons religieuses et les casernes sont détruites afin de permettre l’implantation de vastes hôtels particuliers, des grands magasins et des banques.

 

 

1. Les édifices antérieurs

L’édifice a connu trois campagnes de construction. La première se déroule en 1887, lorsque Raphaël Lang, filateur à Nancy se fait construire un hôtel particulier par l’architecte Charles-Désiré Bourgon.

La seconde intervient en 1906, l’architecte Joseph Hornecker est chargé par la banque SNCI (société nancéienne des crédits industriels) d’effectuer des travaux d’agrandissement et d’aménagement. Les travaux débutent en 1907 et s’achèvent en 1909, date du congrès des banques de province. Ils concernent essentiellement l’aménagement de la cour de l’hôtel qui reçoit les coffres et les guichets, les bureaux seront construits dans un corps de bâtiment réalisé dans le prolongement de celui existant rue Victor Poirel.

La troisième, en 1923-1924, est toujours dirigée par Joseph Hornecker qui va à nouveau procéder à un agrandissement à la suite de ce qu’il avait déjà réalisé dans la rue Victor Poirel.

 

 

2. Le contexte historique

En 1871, on compte neuf banques dont la Banque de France, la caisse de recouvrement Henkel, Renaudin et Drouilhet ou Banque Renauld implantées autour de la place Saint Jean. Ce choix bien précis n’était pas le fruit du hasard ; en effet, créé par le duc de Lorraine Charles III à la fin du XVIème siècle, le quartier Saint-Jean avait pris une importance majeure avec l’installation sur l’actuelle place Thiers de la gare de Nancy. Inaugurée en 1856, celle-ci fit de la place Saint-Jean le lieu de passage obligé pour les voyageurs. L’accroissement de la circulation entraîna la destruction de nombreux édifices.

Bien implantées localement mais frappées par l’apparition des grands établissements de crédit à l’instar de la   SociétéGénérale (1882) ou Crédit Lyonnais, quatre importantes personnalités nancéiennes se mirent d’accord sur la nécessité de créer rapidement une grande banque régionale chargée d’apporter à l’économie lorraine les financements dont elle avait besoin : Keller, Guérin, le Baron de la Ravinelle, le baron Henri Huot.

La Société Nancéiennede Crédit Industriel et de Dépôts (SNCI) est alors fondée en 1881 par ces grands notables nancéiens afin d’apporter les capitaux nécessaires à l’essor du développement industriel provoqué par la guerre de 1870. Très vite,la Nancéienne se dote d’un réseau de succursales par le rachat de banques locales à Lunéville, dans les Vosges, dans le Pays-Haut, mais aussi dans les Ardennes et dans la Marne.

Au début du XXème siècle, s’estimant trop à l’étroit dans ses locaux, la SNCI implantée à sa fondation dans l’hôtel de Raigecourt place Saint Georges, déménage son siège social place Saint Jean. En 1903, le conseil d’administration de la banque achetait l’ancien hôtel Lang, situé au numéro 4 de la place Saint-Jean.

 

 

3. La construction même de l’édifice

La première campagne de construction a été réalisée par l’architecte Charles-Désiré Bourgon (1855-1915), qui intervient dans la première construction de l’hôtel pour l’industriel Lang. Frédéric Schertzer (1845-1929), Ingénieur Civil et entrepreneur de charpente métallique à Nancy, participe à la ferronnerie de la rampe d’escalier. Victor Honer (1840-1896), maître verrier à Nancy, participe aux verrières de la cage d’escalier.

La deuxième campagne est orchestrée par Joseph Hornecker (1873-1942), architecte et membre de l’école de Nancy, il participe à l’agrandissement rue Victor Poirel et à l’aménagement de l’hôtel pour le transformer en banque. Son éclectisme s’accompagne d’une grande diversité ; il compose entre sobriété de la façade et y mêle différents styles dans le projet. Malgré une permanence classique, Hornecker obéit à trois grandes orientations : le style gréco-romain classique, l’héritage naturaliste du XVIII° siècle et le style Louis XVI. Il utilise ainsi différents ingrédients dans l’ornementation comme des structures géométriques ou végétales sur lesquelles prennent place des motifs naturels. Le rôle plastique prime de ce fait sur la cohérence des styles. L’entreprise nancéienne France Lanord Bichaton entreprend les planchers en béton armé. Elle est notamment l’auteur du gros œuvre. Edgar Brandt réalise les ferronneries. Jacques Gruber participe aux verrières et Louis Majorelle au mobilier.

 

 

4. Histoire de l’œuvre après sa construction

On ne trouve plus aucune trace de la verrière de Jacques Gruber. Le hall a été détruit dans les années soixante. Seule la salle des coffres contient encore le témoignage de son passé art nouveau.

 

 

 

 

 

 II. Description

 

 

1. Situation

Ce Bâtiment se situe au 4, place Maginot, c’est à dire en plein cœur de la ville. C’est un quartier qui se développe, avec l’implantation d’espaces commerciaux : « Les Magasins Réunis », et les « Galeries Nancéennes » sur la place Maginot. De plus, cette zone peut être considérée comme une véritable voie de passage, puisqu’elle relie la Gare de Nancy au centre de la ville. C’est pourquoi la Banque de France puis la Banque Lenglet choisissent ce quartier pour fixer leurs locaux. Cette dernière fut acquise en 1893 par la Société Nancéenne de Crédits Industriels qui était anciennement implantée dans l’hôtel de Raigecourt Place Saint Georges. La SNCI connaît à ce moment une phase de plein essor : grâce à de nombreux rachats, son capital a été multiplié par quatre depuis l’origine. Le conseil d’administration recherche donc des locaux plus vastes et qui refléteraient l’image de leur réussite économique. Le choix se portera sur un édifice préexistant, de facture classique : l’hôtel particulier du filateur Lang, construit en 1887.

 

 

 

2. Composition d’ensemble

Comme nous l’avons précédemment vu, ce bâtiment a subit trois campagnes de constructions différentes, qui peuvent se distinguer sur la façade rue Victor Poirel. Pour la composition de la Banque, c’est surtout la deuxième campagne de construction qui va apporter de nombreuses modifications : on couvre l’ancienne cour intérieure d’une structure métallique supportant une verrière et on aménage la salle des coffres en sous-sol. Constituée de huit piliers de fonte portant une galerie, la structure métallique était due au ferronnier Edgar Brandt , qui réalisa également la plus grande partie de la salle des coffres. Les bureaux se trouvent dans un corps de bâtiment réalisé dans le prolongement de celui existant rue Victor Poirel.

L’élévation du bâtiment est une élévation à travées, il est composé d’un sous-sol, de trois étages carrés et d’un étage de combles. La distribution se fait par un escalier tournant à retours avec jour.

 

 

 

3. Matériaux

Pour ce qui est du gros œuvre, le bâtiment est composé de calcaire, de pierre de taille, de moyen appareil, de moellon et d’enduit. Pour la couverture, c’est de l’ardoise sur le toit à longs pans brisés.

 

 

 

 

4. Description plus précise, avec les matériaux de second œuvre ainsi que le décor

Extérieur : On peut distinguer les 3 campagnes de construction sur la façade du bâtiment :

 

  •  L’agrandissement de 1906 rue Victor Poirel :

On rajoute des éléments de décor sur la façade : des allégories bancaires : une tête de lion sur la corniche peut être comme un représentation de la sécurité, la surveillance, l’argent bien gardé. Entre les deux têtes de lions, on observe une roue ailée sur des cornes d’abondances, qui symboliserait le gain, le profit, comme les guirlandes de fleurs aux extrémités de la façade. On note également la présence de caducées sur les chapiteaux. Tous ces éléments sont réalisés en ferronnerie.

On peut mettre en valeur les différences observées avec le corps principal du bâtiment, qui permettent de briser la monotonie. Tout d’abord, on ne retrouve pas de bossage (les spirales creusées dans la pierre). En ce qui concerne la structure, il n’y a pas d’avancée au deuxième étage. Cependant, on a recherché une certaine harmonie dans la liaison avec les nouveaux corps de bâtiments par le toit en ardoise qui accueille des percements à espaces réguliers. La présence de grands pilastres fait le lien entre le premier et le deuxième étage, et confère davantage de majesté à l’édifice.

 

 

 

  •  Façade de la campagne de 1924-1925

On observe davantage de différences avec le corps principal, mais la façade reste plus sobre. Il n’y a pas d’avancée au premier étage. L’arc des fenêtres du bas est davantage voûté (ou arrondi) que les autres. Sur la façade du rez-de-chaussée, on observe le style du  bossage en table. On ajoute également une avancée dans le toit.

 

Toujours à l’extérieur, on peur remarquer que la grille de la porte d’entrée a fait l’objet d’un travail important, exécuté par le ferronnier Edgar Brandt. Cet ornement se compose de pommes de pin et de chardons ainsi que de motifs géométriques : des carrés imbriqués.

 

  •  La salle des coffres, la partie la plus importante de l’édifice : en effet, c’est tout d’abord par sa fonction mais également par son ornementation, car elle accueille de nombreuses œuvres de style art nouveau.

La ferronnerie est le matériau le plus utilisé : on le trouve pour les gardes corps, les luminaires, les tables et la rampe d’escalier. On utilise de la céramique pour le plafond et du marbre pour l’escalier et le sol.

Des motifs végétaux sont présents dans toutes les ferronneries, ils ressemblent à des feuilles de ginkgo biloba.

Les luminaires constituent une originalité, car ils sont fixés de façon perpendiculaire au garde corps, ce qui permet d’insérer une ampoule à chaque extrémité, qui éclairera ainsi la galerie et le hall en même temps. On retrouve également des feuilles de ginkgo en décor des luminaires.

En ce qui concerne la rampe d’escalier, elle est très subtilement décorée par une plume recourbée en bronze doré en fin de parcours de la main courante.

Le sol de la salle des coffres est fait de mosaïques par Gentil-Bourdet ; il représente des rosiers en fleurs.

Le plafond est tout d’abord composé de céramiques qui servent de support à un décor végétal qui pourrait faire écho à l’ornementation du sol, car il représente également des roses.

La verrière du hall est fait de vitraux réalisés par Jacques Gruber, qui y fait figurer au centre, des femmes nues tenant un médaillon recevant l’inscription « PAX » et sur le pourtour, des têtes de canard dissimulées dans des éléments végétaux.

 

 

 

 

 

 

 III. Place de l’édifice dans la carrière de l’architecte

 

En 1906, Joseph Hornecker se voit confier la reconstruction du théâtre de Nancy, et ses contemporains ont prétendu que c’était dans cette œuvre qu’il avait donné la mesure de ses qualités d’architecte et de grand artiste. Mais il participe à la réalisation d’un certain nombre de maisons de style art nouveau, qui s’éloignent un peu plus de son style académique : les maisons Huot, la villa Margherite, le Parc de Saurupt et l’immeuble de la BNP. Cependant, c’est pour ce bâtiment qu’il est la première fois seul responsable d’un chantier et doit faire face à la complexité technique et stylistique d’un nouvel agencement. Il réussit à faire s’exprimer le style classique, qui, par sa majesté, préserve de son enveloppe extérieure le raffinement de l’art nouveau

 

 

 

 

 

Bibliographie :

Nancy, architecture 1900, Francis ROUSSEL

Nancy 1900, Rayonnement de l’Art Nouveau, Gérard KLOPP (éditeur)

+ Archives de l’inventaire général du patrimoine.