Maison Atelier d’Horta

 

 Riche d'un passé architectural prestigieux, Bruxelles s'est inscrite au début du XXe siècle parmi les protagonistes de l'Art nouveau. Ce nouveau style va exercer une fascination si irrésistible qu'il va devenir le style le plus populaire du début du Siècle. Au début du XXe siècle, une véritable renaissance de l'architecture a lieu en Belgique : la cause de ce succès est l'engouement pour la maison individuelle opposée aux vastes immeubles. Le développement de la demeure familiale est en corrélation avec le développement des tramways et des omnibus (Bruxelles possède, au début du Siècle, proportionnellement à sa superficie, le plus grand nombre de lignes de transports en commun en Europe). Il faut préciser qu'à proprement parler, il n'existe pas un urbanisme Art Nouveau, ce sont des îlots dans des quartiers. Les terrains d'angles, disposant de vues dégagées, deviennent des lieux de choix pour les architectes de l'Art Nouveau qui peuvent réaliser des développements de façades baroques, usant du bow-window, des loggias, de fenêtres à dimensions variables, de balcons ouvragés. La présence de grands dégagements ou de jardinets leur permettent également de donner le recul nécessaire pour apprécier la façade et l’architecture du bâtiment. Le développement de ce style fut essentiellement dû aux liens solides d'amitié noués entre jeunes gens du même âge et de la même génération animée par un vif désir de changement : l'Art Nouveau fut dans ses premières années une façon d'affirmer publiquement son appartenance à un mouvement politique progressiste.

I. L’Historique :

A. Les édifices antérieurs :

 On avait dans la rue Américaine un terrain vague. Horta y acquiert deux parcelles en 1898. Peut-être y avait-il eu d’autres maisons à une époque antérieure mais rien ne permet de l’affirmer.

B. Le contexte historique

 La Belgique est un état plutôt jeune, Bruxelles ne devient capitale d’état qu’en 1830 avec Léopold Ier, Bruxelles même n’est qu’un arrondissement de la capitale avec autour 19 communes dont saint Gilles là où se trouve la maison. Le point de départ de l'Art Nouveau se passe en 1893. Pour comprendre le succès de l'Art Nouveau au début du Siècle, il faut revenir quelques années plus tôt : En 1884, une crise économique en Europe frappe sévèrement la Belgique : la condition de la classe ouvrière est difficile accompagnée d'une augmentation de la densité de population. En 1885, le Parti Ouvrier belge est fondé (Horta a d’ailleurs fait pour le parti la Maison du Peuple). Ainsi les idées esthétiques du Parti Ouvrier Belge reposaient entièrement sur l'amitié entre de jeunes leaders intellectuels et les artistes d'avant-garde, et comme ces artistes aimaient l'Art Nouveau, leurs amis socialistes prirent parti pour l'Art Nouveau. Avec ce style nouveau et son cercle libéral et progressiste, la construction devient un moyen d'expression idéologique dont les effets sur la physionomie des quartiers eurent des conséquences surprenantes : les libres penseurs, socialistes et libéraux optaient pour les constructions de style Art Nouveau. Les catholiques, de leur côté, choisissaient la Renaissance gothique ou flamande. Le fait de baser une approche esthétique sur des relations d'amitié entre les dirigeants d'un parti et un groupe d'artistes d'élite devait inévitablement mener à l'impasse. Par ailleurs, pour que le style puisse se développer, il lui fallait une structure urbaine favorable, mais les villes belges (Bruxelles en particulier) rendaient une urbanisation et une uniformisation pratiquement impossible. Pourtant un facteur qui favorisa le développement de l'architecture Art Nouveau belge fut le terrain à bâtir étroit (environ 6m de large) donnant sur rue. Horta commence sa maison en 1898, sous le règne de Léopold II (1865-1909).

C. La construction même de l’édifice :

 Horta est à la fois le maître d’ouvrage (le commanditaire) et le maître d’œuvre, c'est-à-dire celui qui exécute. D’ailleurs Horta fait tout ou presque tout lui-même (l’ameublement, la sculpture…). Le 14 août 1898, il demande l'autorisation de bâtir une maison au numéro 25 de la rue Américaine et il s’adresse à la commune de Saint-Gilles. Il reçoit l’accord le 28 septembre. En décembre, il a les plans. Les travaux durent jusqu’en 1901.

 Horta se considère comme un architecte-artiste. Il souhaite « une architecture personnelle et vivante » qui ne soit « ni égyptienne, ni grecque, ni renaissance, ni romaine » ; « volonté d’un « style », d’une œuvre qui porte son nom « sans qu’il soit nécessaire d’y apposer « sa » signature » (Mémoires d’Horta, rapportée par Leniaud). 

1899

Janvier: balcon

Février: balcon, commande des pierres blanches et auvent

Avril: dessin du ler étage

Mai: plans et coupes de la salle à manger

Juin: détail des pierres

Juillet: escalier

Août: plans pour l'eau, le gaz, le chauffage central

Septembre: escalier de marbre

Octobre: commande des pierres bleues du trottoir

Décembre: rejointoyage de la salle à manger

D. Histoire de l’œuvre après sa construction :

Dates des transformations

1906 : La maison est prolongée vers le jardin: salon, 1er étage, 2e étage (balcon et jardin d'hiver). Demande de bâtir le 15 mai, accordée le 19 octobre

1907 : Agrandissement de la cave de l'atelier en vue d'améliorer l'éclairage et la ventilation. Demande de bâtir le 24 décembre, accordée le 14 janvier 1908

1908 : Agrandissement de l'atelier, demande de bâtir le 14 janvier

1911 : Transformation d'une partie du rez-de-chaussée de l'atelier en garage

1919 : Horta vend les deux maisons et s'installe avenue Louise

1961 : Achat de l'habitation par la Commune de Saint-Gilles

1963 : Arrêté Royal de classement de la maison et de l'atelier

1969 : Ouverture du musée

1973 : Achat de l'atelier par la commune de Saint-Gilles: les deux maisons communiquent à

nouveau.

2005 : Seconde campagne de restauration sous la direction de l’architecte Barbara Van Der Wee.  

2006 : Administration des Monuments et Sites et du Fonds de Mécénat d’ING

 

II. La description :

  1. La situation :

Ces deux façades frappent par rapport aux maisons environnantes. Elles ne sont pas en briques comme la plupart des autres, mais en pierre blanche. Les maisons mitoyennes ont des façades plus classiques, du moins aucune n’est Art Nouveau. Ce quartier est assez hétéroclite, Quand on s’y promène, on remarque beaucoup de teintes différentes, des jeux de polychromie avec les pierres. Les niveaux de fenêtre ne sont pas alignés. La seule régularité semble être la largeur des façades qui ne dépasse pas les six/sept mètres.

En effet, lorsqu’il construit sa maison, Horta est limité par le tissu urbain composé pour l’essentiel de maisons bourgeoises. Il doit donc respecter un plan d’alignement. La mitoyenneté empêche les éclairages latéraux. Horta souligne lui-même : « je n’ai pas été le premier à découvrir les défauts des plans des maisons de 6,7, 10 ou 12mètres qui, d’un groupe à l’autre, ne différaient que par l’ajout d, ne différaient que par l’ajout d’une véranda ou d’une porte cochère mais j’ai fait le premier plan de maison de 7m20 avec vestiaire, WC et parloir à l’entrée ». Etant limité pour la largeur de sa façade, il doit donc développer sa maison tout en profondeur et réfléchir aux puits de lumières pour que la demeure ne soit pas plongée dans l’obscurité.

Horta est un architecte en vue recherché par une clientèle bourgeoise et moderniste. Il souhaite donc faire de sa maison une vitrine de son talent.

Maisons mitoyennes à gauche de la maison d’Horta 

 B. La composition d’ensemble :

 Nous avons pris le parti de définir cet ensemble donc étant un espace composé ; on peut parler de composition d’ensemble car on a une séparation bien nette entre la maison et l’atelier, faite de manière volontaire. La façade de la maison est plus large : (6,69) et l’atelier (5,81). Par ailleurs, Horta a demandé deux numéros : le 23 et le 25.

 C. Les matériaux et la façade

 1. Le gros œuvre :

· La pierre

 Horta apporte un soin très particulier à la taille de ses matériaux, la taille est très fine permettant ainsi une meilleure accroche de la lumière utilisant et révélant ainsi toute sa beauté. La pierre bleue, dite pierre d’Euville, à laquelle il a recourt, coûte très chère. Du coup, il l’utilise pour les soubassements afin de faire pendant à la pierre du trottoir et répondre aux autres maisons bourgeoises de la rue au niveau du seuil. Il la taille de façon à ce qu’elle soit légèrement incurvée ce qui donne une impression « d’enracinement ». Par ailleurs, il en met sur la façade avant. La façade arrière étant beaucoup plus sobre. Le reste de la façade est en pierre blanche de Savonnière. La sculpture de ces pierres fait appel à un travail préparatoire en plâtre. L’exemple de la taille au-dessus de la colonnette de la façade de l’atelier permet de comprendre la technique d’Horta. En effet, à l’aide de formes de vaguelettes il peut ainsi rejeter l’eau de pluie sans pour autant qu’elle n’abime la paroi. Enfin, Horta a placé des arcs en pierre pour soutenir la structure de la façade. « La chaleur des pierres a heureusement suffis à mon bonheur ».

· Le fer et l’acier

 . Horta est le premier a utilisé les qualités du métal pour la maison bourgeoise.

On note la présence d’un massif de pierre entre la porte d’entrée et la fenêtre puis un pilier en fonte. Il y a un linteau métallique au-dessus du deuxième étage et entre les rez de chaussée et le bel étage : il supporte le poids de la maçonnerie et assoie le Bow Window. Il utilise la ligne en coup de fouet sur la structure métallique comme pour le garde corps du balcon avec les colonnettes en forme d’iris.

 

 à Il définit l’utilisation de ces matériaux comme étant « Moderne et qui s’inspirerait de notre manière de vivre, de penser, et qui mettrait en œuvre les ressources que l’industrie moderne offre comme matériaux de construction. », Mémoires d’Horta.

 2. Le second œuvre : 

 Dès qu’on rentre dans la maison on se rend compte du talent de mise en scène d’Horta avec le vitrail américain qui est utilisé pour la porte du hall. Horta a également recours à la mosaïque (comme dans la salle à manger, le salon) mais il y a aussi la glace biseautée(porte de la salle à manger).

 Il utilise du bois (exotique et cher) comme l’acajou : les rampes d’escaliers, le frêne d’Amérique, le sycomore : tapis de bois dans la salle à manger, le chêne de Hongrie : pour le mobilier, du pitchpin pour les portes et les placards.

 Pour ce qui est des éléments métalliques Horta fait d’avantage appel au fer forgé et au cuivre orné de jeux de courbes ou sculptés en arabesques. On pouvait d’ailleurs le voir avec la poignée de la porte d'entrée qui est non seulement ergonomique, mais qui servait aussi de boîte aux lettres.

 Le marbre est présent notamment celui de Carrare pour les escaliers. Tous ces éléments de décoration permettent de créer une polychromie subtilement nuancée. La plupart du mobilier est dessiné par Horta mais certains viennent également de la maison Dopchie (Renaix) notamment dans le salon de musique et la chambre d’Horta, des magasins Wolfers (bureau de Horta)

D. Sculpture et plan : de la maison

 Pour sa maison personnelle, Horta s'est éloigné du plan traditionnel des habitations bruxelloises, articulant l'espace autour d'une cage d'escalier de plan carré s'élevant au cœur du bâtiment. La structure interne de l'habitation privée : elle n'est pas réellement découpée en étages, dans la mesure où l'ascension se fait progressivement, par demi, tiers ou quarts de niveaux qui contribuent à donner l'impression d'une maison bien plus vaste qu'elle ne l'est réellement.

  1. Rez de chaussée

 Une fois passée la porte d’entrée on se retrouve dans un vestibule. Le lambris mobile placé dans la pièce permet d’accéder à l’atelier avec le bureau des employés par la droite et un parloir et aux toilettes par la gauche. Après le parloir on trouve l’escalier de service placé derrière l’escalier d’apparat puis la cuisine et les caves. Il déplace la cuisine-cave vers l’arrière du bâtiment et obtient un accès de plein pied pour l’escalier d’apparat. Une porte faite en vitrail américain et verre chenillé avec une clenche en forme de bovin permet d’accéder à l’élément principal de cet étage qui est l’escalier principal fait de marbre de Carrare. A gauche, Horta place un radiateur industriel qu’il met à la verticale et décore de quatre colonnettes. Le jeu de la couleur du marbre et de la rampe en acajou donne des teintes chaudes qui marquent une rupture avec l’extérieur. Horta voulait en faire un lieu accueillant et chaleureux. Le blanc, couleur encore rare à cette époque en décoration, est réchauffé par des bandes de peintures vieux rose qui annoncent la couleur du soubassement de marbre de la salle à manger. Au delà de la porte double Horta a placé deux miroirs face à face pour compenser l’étroitesse de la cage d’escalier.

  2. Le bel étage :

 On est tout de suite frappé par l’arcature métallique sur les piliers de marbre belge empruntés à l’art gothique (rappel de l’enseignement de Viollet le Duc) qui évide les pièces. C’est l’éclatement de l’espace

 Les escaliers principaux nous font directement accéder à une pièce de réception sans porte. Sur sa droite on peut voir le salon de musique fait d’acajou, de soie et de peinture notamment des papillons dorés présents sous la barre de suspension et le mobilier d’Horta. Les arcs métalliques permettent de soutenir la structure et d’éviter les murs porteurs ce qui fait gagner de l’espace. On peut encore y voir le mobilier qu’il avait dessiné notamment pour les chaises.

 A gauche de la salle de réception se trouve la salle à manger : elle est faite de briques blanches émaillées, d’abord conçues pour la façade arrière de la maison. Il semble ici reprendre les conceptions rationnelles développées par Viollet le Duc. Il va utiliser pour le soubassement de la pièce une alternance de bandeaux de marbre roses et blancs. Il place également des glaces biseautées pour les vitres des portes. Horta a tout de suite qualifié cet ensemble « d’une sauce couteuse » dans ses Mémoires. Il utilise d’autres matériaux comme le bois (Chêne de Hongrie, frêne d’Amérique et Sycomore) mais aussi de la mosaïque et du fer. Ainsi il propose une opposition des matériaux industriels (céramique et fer) et des matériaux luxueux (brique émaillée et bois précieux) notamment en créant un tapis en bois de frêne entouré de fer puis de mosaïque. Pour la décoration il fait également appel à Pierre Braecke qui réalise des bas reliefs représentant pour la plupart des arts dont l’un, placé au-dessus du meuble qui représente les arts (peinture, musique, sculpture et littérature) ainsi qu’une autre muse, allégorie de l’architecture, tenant la maquette de l’hôtel Aubecq auquel il a également participé et dont Horta était très fier. On note l’affirmation de la structure métallique portante ainsi que des tirants qui servaient également de support pour les luminaires. Ce traitement est tout en courbe donnant une sensation de chaleur et de vitalité. Sur la droite, au centre du mur, Horta y a placé un meuble qui fait également office de cheminée. De chaque côté du meuble se trouve une porte qui mène aux offices et aux escaliers de service. L’ensemble de la pièce démontre l’idée d’une grande transparence et de l’importance de la lumière qui est un élément essentiel pour Horta.

 Après 1906 et l’agrandissement de sa maison, Horta ajoute à l’arrière de la salle à manger un salon richement meublé. Il y cache derrière le canapé un autre radiateur. La plupart des éléments ont fait l’objet d’expositions mais n’ont pas pu être vendus et leur créateur les a gardés. Le sol, à la différence de la salle à manger, ne dispose pas de bois mais seulement d’une mosaïque assez sobre où on note cependant les dessin en coup de fouet dans les angles, typique de l’art d’Horta. Ce salon dispose d’un accès direct au jardin par une porte-fenêtre munie de vitraux sur ses côtés. Les formes de la boiserie deviennent de la porte de la véranda les encadrements choisis de fragments de jardin.

 C’est à cet étage que se ressent le plus l’admiration d’Horta pour le japonisme. Des coussins, des sculptures, des vases et des estampes décorent les différents espaces du bel étage donnant un côté orientalisant à la décoration.

Le japonisme : Le Japon a eu une influence considérable sur les artistes européens durant la seconde moitié du XIXe siècle. Cet empire était depuis toujours interdit aux étrangers, ces échanges commerciaux avec le reste du monde étaient limités et peu fréquents. Les créateurs de mobilier, tout comme les autres artistes, vont être influencés : les ébénistes transposent en marquèterie des paysages interprétés des estampes japonaises. Les formes végétales ou animales : papillon, branche de pin, oiseaux, … Sont issus de l’iconographie nippone. De même, les éléments issus de la "ligne en coup de fouet", les courbes et doubles courbes qui s’enlacent et s’opposent, les pédoncules, griffes et plissures. Ainsi les courbes s’ouvrent pour donner une puissante sensation de dynamisme. Elles ne sont pas sans rappeler les éléments végétaux. Guimard rapporte à un journaliste les propos d’Horta : « de la plante, je prends la tige et non pas la fleur »

Entre le bel étage et le premier d’étage, après une volée de marche, on accède à un laboratoire pour le développement de ses photographies et une pièce de rangement du côté du jardin.

 3. Le premier étage

 C’est l’espace réservé à l’intimité du maitre de maison. On y trouve d’abord la chambre d’Horta. A l’origine elle était séparée du boudoir par un sas contenant des placards. Mais, avec les travaux de 1906, la chambre bénéficie d’une nouvelle pièce contenant trois placards et des tiroirs. En face du lit double d’Horta se trouve la cheminée. Après l’agrandissement de la chambre les portes menant à la salle de bain se trouvèrent décalées et Horta plaça à leur ancien emplacement un urinoir pivotant. Il dessine lui-même le papier de la chambre comme dans d’autres espaces de la maison.

 La salle de bain et accompagnée d’un dressing. Le mobilier de ce dressing s’ouvre également du côté de la chambre ce qui permettait aux domestiques de préparer les vêtements sans être vus. C’est une pièce d’assez petite taille où on trouve à gauche un cabinet de toilette et à droite une baignoire avec un chauffe-eau cachés derrière des panneaux de bois avec des miroirs. De chaque endroit une porte permet d’accéder à l’escalier de service. La présence de la salle de bain dans la chambre est un signe de modernité pour l’époque tout comme l’alimentation électrique prévue dès la conception de la maison.

 En face de la chambre se trouve le salon de famille et le boudoir qui donne côté rue. Le tapis a été imaginé par Horta et les sièges aujourd’hui placés autour d’une table ronde avaient été dessinés pour l’hôtel Solvay. La lumière y est assez tamisée avec des couleurs tirant sur le vert. Horta y a placé une autre cheminée.

 

   4. Le deuxième étage :

Cet étage n’est pas conservé comme il l’était à l’origine.  

Du côté rue, on trouve la chambre d’amis dont la mansarde est habilement déguisée par les placards et les tiroirs en pitchpin verni. Il n’y a plus aujourd’hui le mobilier qu’avait dessiné Horta. Horta a mis une cheminée plutôt qu’un radiateur. La pièce dispose d’un cabinet de toilette-débarras éclairé par un vitrail dans le mur de la cage d’escalier. On peut également accéder à la chambre par le palier inférieur. 

 C’est également l’étage de la fille de Victor Horta, Simone. On y trouve sa chambre avec une cheminée mais au mobilier réduit aujourd’hui. En 1906 elle demande à ce que cet espace soit agrandi pour pouvoir bénéficier d’une terrasse donnant sur le jardin ainsi que d’un jardin d’hiver. Cette requête entraine le bouleversement de la l’architecture arrière de la maison et Horta en profite pour ajouter des baies latérales amenant ainsi davantage de lumière.

5. Le troisième étage :

 C’est le dernier étage habitable. Horta y a fait installer trois chambres pour les domestiques qui communiquent avec les escaliers de service. On peut également accéder au grenier. C’est à cet étage que se termine l’escalier principal. On peut y voir les vitraux jaunes et la peinture ocre décorées de figures florales et la structure métallique. Cet ensemble donne une idée de chaleur et de douce lumière déjà fortement prononcée par le puits de lumière crée par la baie. Horta a également placé à la fin de l’escalier deux miroirs qui permettent d’agrandir l’espace. Ils renvoient à l’infini l’image de la délicate structure métallique qui supporte le lanterneau. Cette structure est fixée dans l’espace entre le lanterneau et la verrière.

La verrière : Elle éclaire les escaliers. Elle est formée de vitraux jaunes convexes et d’une deuxième verrière sur le toit. Elle est séparée par les accroches supérieures de l’escalier et par deux poutres métalliques. Pour éviter le trou noir la nuit, Horta a placé un lanterneau/luminaire dont les lueurs font naitre un teint bleuté sur le verre américain. Une partie de la lumière de la verrière s’évade par une grande fenêtre percée dans le mur de la cage d’escalier et éclaire la chambre des domestiques.

 « Plafond courbe qui en tout temps jetait une lumière dorée sur le haut de l’escalier dont les murs étaient jaunes avec une ornementation or et blanc. », Mémoires d’Horta.

 Au numéro 23 de la rue Américaine Horta y a placé son atelier :

1. les caves

 Les caves étaient réservées aux sculpteurs qui recevaient les modèles qu’avait produits Horta en plâtre. Ils s’assuraient ainsi de l’assemblage. Elle est éclairée par une large fenêtre qui continue en dessous du niveau de la rue et qui permet l’entrée de la lumière reflétée par un muret de brique émaillée.

2. Rez de chaussée

 Au rez de chaussée Horta y avait placé les vestiaires et le bureau des employés.

3. le premier étage (niveau du bel étage)

Entre le rez de chaussée et le premier étage Horta avait installé une cabine téléphonique dans la cage d’escalier, signe de modernité incroyable.

 Côté rue, on trouve la salle d’attente menant au bureau d’Horta. On peut y accéder par la maison via le bel étage avec le salon de musique ou par des escaliers installés dans l’atelier. Cette pièce pouvait également servir de fumoir, pièce uniquement réservée aux hommes. Dans le bureau Horta travaillait dos à la cheminée, vers l’entrée de l’escalier pour pouvoir accueillir tout les collaborateurs.

4. le deuxième étage

 C’est là qu’est placé le bureau des dessinateurs.

 Les deux derniers étages servent pour les greniers.

E. Distribution intérieure

Ces pièces, en enfilade, communiquent largement et sont agencées sur des niveaux différents, créant d'originales perspectives à travers le bâtiment. L'éclairage s'intègre parfaitement aux structures, notamment dans l'escalier, où les luminaires s'enroulent autour des balustrades et de l'armature du lanterneau.

 1. division de l’espace :

   
 

Maison :

 

9 niveaux :

 

2 Sous-sol

 

Rez de chaussé

 

Le bel étage

 

1e étage :   chambre Horta

 

2e étage : les   chambres

 

3e étage :   chambres des 

 

 domestiques

 

4e étage : le   grenier x 2

 

 
 

Atelier :

 

5 niveaux

 

Sous-sol : caves

 

Rez de chaussé : bureau   des

 

 employés

 

1e étage :   bureau d’Horta

 

2e étage :   atelier des dessinateurs

 

3e étage grenier

 

 

  2. les communications :

Les Escaliers :

 Horta respecte la division des circulations. Il y a donc deux escaliers dans la maison: pour les maitres de maison, pour les domestiques et un dans l’atelier pour les employés du bureau d’architecture. Il a pu donner une ampleur suffisante à l’escalier principal pour en faire le vecteur central de la maison en déviant le mur mitoyen et en empiétant sur l’espace de l’atelier. Celui ci étant moins profond que la maison Horta se permet d’ouvrir dans le mur mitoyen des fenêtres qui éclairent latéralement une série d’espaces de dispositions interdites habituellement mais rendue possible ici par le fait qu’il était le propriétaire des deux bâtiments. Les trois cages d’escaliers forment un noyau au cœur des deux parcelles et permettent de séparer les circulations des maîtres de maison et des domestiques ainsi que des employés. L’escalier au centre est une nouveauté. Il est d’abord traité en marbre pour le rez de chaussée jusqu’au bel étage puis se transforme ensuite en escalier en bois. Horta intègre à l’espace d’habitation la cage d’escalier qui occupe au niveau du salon de musique la moitié de la largeur totale de la maison. La rampe d’escalier en acajou se dédouble pour former l’accoudoir du canapé du salon de musique

 L’escalier central fait 6.5m de large. Il est construit pour laisser passer la lumière et s’agrandit au fur et à mesure qu’on monte et la rampe est de plus en plus haute. La structure métallique est maintenue à l’extérieur au niveau de la verrière par une poutre en métal de sorte qu’on gagne de la place dans les escaliers.

 Les escaliers de service sont plus communs. Il en est de même pour celui des employés du cabinet d’architecture. Ils sont éclairés par des vitraux intégrés dans l’escalier d’apparat où se diffuse la lumière de la verrière.

 Les marches sont d’ailleurs presque toutes différentes : vues de haut, les volées offrent un aspect varié, plus agréable à l’œil.

F. Elévation

 La façade de la Maison : (6,69m de large et 40m de long.)

  Horta joue avec les codes de la tradition constructive à Bruxelles : le Bow window y est habituel mais combiné ici à un balcon suspendu au sol de verre et surmonté d’un second balcon. Les consoles en pierre sous le Bow window sont doublées de consoles métalliques auxquelles sont fixés les tirants de fer. On a l'impression que tout fait « bloc ». La composition est basée sur pénétration de rectangles.
Vue depuis la rue la maison semble compter quatre niveaux mais il faut y ajouter deux niveaux de cave (la cuisine cave et la cave au sens strict éclairés côté jardin), deux niveaux de greniers (dont un pour les chambres de bonnes) et un entre sol pour le laboratoire de photographie entre le salon de musique et la chambre à coucher.

 « Des bureaux d’une simplicité monacale et une habitation qui ne pouvait être ruineuse »

 .
 Les façades sont raffinées, toutes en courbes, parées d'entrelacs métalliques. On reconnaît la maison proprement dite à ses « bow windows » du premier étage typiquement art nouveau. (Les fenêtres avec de grandes baies qui s'avancent sur la rue)
Le Balcon du Bel étage, est de toute beauté, on dirait que de mystérieuses plantes d'acier qui se sont élevées pour s'accrocher à la pierre des « bow windows »La façade est empreinte de symétrie, d’une grande unité de rythme. C’est une simple structure de pierre et fer. On a deux façades en miroir en rapport avec la complexité interne de l’édifice. Elles sont unies par des détails architectoniques. Dans une architecture traditionnelle les pleins et les vides doivent être superposés pour assurer la stabilité du bâtiment. Il le modifie pour ce qui est de l’atelier

  2. La façade de l’atelier :

  Les éléments décoratifs en bronze sont des pièces originales d'une grande qualité : plaquette avec le nom de Horta, fente de boîte aux lettres, poignée, sonnette. Numéro de la maison sculpté dans la pierre. Ferronneries peintes dans un ton ocre rappelant la teinte du bois. Les trous d’aération deviennent eux-mêmes des objets de décoration pour la façade. « J’ai fait des trous d’air en motif décoratif, élément d’architecture intéressant. » On observe un faux chapiteau sur lequel s’appuie une colonnette supportant la retombée des arcs de l’embrasure de pierre des fenêtres du premier étage. La saillie de la pierre et les lignes viennent se fondre dans le plan de la façade. Les plis de la pierre semblent rendre visible la pression exercée par le poteau de fonte. Les colonnes en fonte présentes à tous les niveaux remplacent les murs de soutien. Au rez de chaussé une seule fenêtre de cinq mètres de haut éclaire à la fois les bureaux et l’atelier de sculptures dans la cave. Au premier étage, la ferronnerie, aux lignes délicates et l’audace de la superposition du triple châssis, ainsi que l’encadrement géminé en pierre signalent le bureau d’Horta. Au niveau de l’atelier, au deuxième étage la pierre n’a qu’un rôle d’encadrement.

 

  3. Les portes et entrées

 Horta a prévu deux portes. Une pour l’atelier en pitchpin, l’autre en chêne, plus grande pour la maison. L’entrée est soulignée par le balcon qui s’arrondit en forme de marquise au-dessus de la porte. A ce niveau, à l’exception des deux pans de mur de part et d’autre de la fenêtre du vestiaire la façade est presque intégralement percée.

Il perce les fenêtres de nombreuses baies de formes différentes correspondant à la dimension des espaces à éclairer. Il rompt ainsi avec les règles classiques de la symétrie et fait circuler la lumière à l’intérieur en supprimant le plus grand nombre possible de murs aveugles. Il rajoute également de la lumière avec l’agrandissement de la maison en 1906 : le jardin d’hivers ainsi que le petit salon ont une même verrière.

 G. La couverture

 La maison dispose d’une toiture mansardée. C’est une toiture à brisis couvert de carrelages blancs et percée de lucarnes de pierre à arc brisé aplati, l'une à l'aplomb de la travée de gauche, l'autre dans l'axe de la logette. Le terrasson de la toiture, en tuiles rouges, est percé d'une grande verrière qui protège le lanterneau couronnant la cage d'escalier principale. Le modelé a était conçu suivant l’environnement.

 

III. Note de synthèse :

 A. la place de l’édifice dans la carrière de l’architecte : œuvre majeure bien souvent.

 La réalisation de ses œuvres principales couvre une période d'environ douze ans. Ce sont des hôtels de maître pour une clientèle fortunée, dans les quartiers neufs et aérés créés par Léopold II :

  • Hôtel Tassel (1893; Transformé),
  • Hôtel Solvay (1894-1900)
  • Hôtel van Eetvelde (1895-1897)
  • Maison du Peuple (1895-1901; vente en 1983 de ses      structures principales à deux francs le kilo)
  • jardin d'Enfants (1897-1899)
  • Maison      Atelier Horta (1898-1901)
  • Hôtel Aubecq (1899-1903; disparu)
  • A l'innovation (1901-1903; incendié en 1967)
  • Hôtel Winssinger, l'habitation et l'atelier de      Fernand Dubois (1901-1903).

 J-M Leniaud écrit « Au moment où il construit sa propre maison rue Américaine (1898-1901) il éprouve l’impression d’atteindre le sommet de sa carrière et de voir tout à coup la pente descendante s’ouvrir sous ses pas. » (Cf. Les bâtisseurs d’avenir, portraits d’architectes XIX-XX, fayard, 1998).

 On peut donc dire que cette Maison-Atelier arrive à un moment clef de la vie d’Horta. Il fait de son habitation personnelle la vitrine de l'Art Nouveau.

  1. Situer l’œuvre dans l’histoire de l’architecture

 A la même époque de construction que la Maison Atelier, on retrouve partout en Europe le même phénomène. 

En France, à Nancy, villa Majorelle Art Nouveau (Construite en 1898) 

En Autriche : Otto Wagner, Majolika Haus, Sezessionstil (1898-1908. Vienne)   

En Espagne, Casa Milà Modernissimo (1905/7) 

    

Conclusion : L’art nouveau est un art total. Horta porte une réflexion sur le vieillissement des matériaux, néanmoins sa maison atelier souffre du passage continu des visiteurs sachant que la demeure est aujourd’hui un musée.

 En 2000 le Musée Horta a été inscrit par l’UNESCO au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Bibliographie :

Ouvrages :

v Victor Horta, son Musée, Saint Gilles, J. Delhaye et S. Henrion-Giele, 1969

v Hôtel Van Eetvelde et maison et atelier Horta, Paolo Portoghesi, édition Global Architecture, 1976 

v Victor Horta, éditions t.e.Neues, Tokyo, 1976

v Victor Horta, Franco Borsi, Paolo Portoghesi, édition Marc Vokaer, Bruxelles,1977

v Victor Horta, Mémoires, édité par Cécile Dulière, 1985

v Musée Horta, Françoise Dierkens, Belgique, 1989

v Victor Horta à Bruxelles, Françoise Aubry et Christine Bastin et Jacques Evrard, éditions 

Racine, 1996

v Horta naissance et dépassement de l’Art Nouveau, Françoise Aubry et Jos Vandenbreeden, Gand, 1996

v « Restaurare l’Art Nouveau. La casa e l’atelier di Victor Horta a Bruxelles », tema, tempo, materia, architettura, revista trimestale di restauro, F.Acerboni, Barbara Van der Wee 3-4, 1996, p121-132

v Les bâtisseurs d’avenir, portraits d’architectes XIX-XX, J-M Leniaud, fayard, 1998

v Le Musée Horta Saint Gilles, Bruxelles, Françoise Aubry, Ludion, 2001

v Horta ou la passion de l’architecture, Françoise Aubry, éditions Ludion, 2005

v L’estampille-l’objet d’art, n°406 (RFEST), octobre 2005

 

Sites internet :

www.irismonument.be

www.hortamuseum.be

www.cafe.umontreal.ca/~dany/brussels/photo/photo.htm

www.planet.fr