L'Hôtel Jacques ( 41 avenue Foch)

I)HISTORIQUE

  1. Contexte général.

Au début du Xxème, Nancy devient la ville la plus importante du Grand Est au détriment de Metz et Strasbourg annexés par l'Allemagne. Cette nouvelle notoriété de la ville attire un grand nombre de mosellans et d'alsaciens très attachés à leur patrie et parmi eux des intellectuels, des artistes ou des industriels qui participeront à l'essor de Nancy. En effet, la population double entre 1850 et 1900 pour atteindre 100 000 habitants, entre 1891 et 1911, on compte 3500 demeures neuves à Nancy; entre 1894 et 1912, le nombre d'entrepreneurs passe de 37 à 54 et le nombre d'architecte de 24 à 46. C'est dans ce contexte que va naître l'Ecole de Nancy avec un double objectif: faire rayonner la Lorraine de part ses industries et son artisanat d'art, et faire monter le patriotisme.

 

  1. Paul Charbonnier.


Paul Charbonnier est né en 1865, ancien élève des Beaux-Arts de Paris, il y suivit une formation assez classique c'est pour cela qu'il conjuguera tout les styles.Il faisait partit de l'atelier de Julien Guadet.Il s'installe à Nancy en 1900 alors que la ville est en plein essor notamment artistique. En 1906 il devient architecte des monuments historiques et en 1923, architecte de la Meurthe et Moselle. Il fut le seul architecte, avec Desiré Bourgon, de l'école de Nancy à occuper des fonctions officielles. Paul Charbonnier contribua à la construction d'autres édifices à Nancy et en Meurthe et Moselle, notamment la Banque National de Paris rue Chanzy en collaboration avec Emile André ou un monument commémoratif aux défenseurs de Longwy dans la même ville.

 

  1. Contruction de l'édifice.

Le commanditaire est le docteur Paul Jacques, professeur à la faculté de médecine de Nancy et ORL. Son ancienne résidence se trouvait rue Saint-Léon. Il achète le terrain en 1905 à l'angle de la rue Jeanne d'Arc et de l'avenue Foch dans un quartier résidentiel qui a vu le jour après 1870 lors de la percèe de l'Avenue Foch, rue du faubourg Saint-Jean à l'époque, pour relier la place Maginot à la place de la Commanderie. Le docteur Jacques charge donc Paul Charbonnier de lui bâtir sa nouvelle résidence qui lui servira aussi de cabinet médical. En avril 1905, les plans et les élévations sont dressés, en 1906 le gros oeuvre est achevé et la maison est finalement habitée en 1907. Le second oeuvre, escalier et clôture, ont été dessinés par Charbonnier et réalisé par l'atelier Majorelle. Les vitraux sont l'oeuvre de Jacques Gruber(1870-1936) et les sculptures par Léopold Wolff.

     

  1. Histoire de l'oeuvre aprés sa construction.


L'édifice a été classé monument historique en 1979. Il y a eu quelques modifications depuis sa construction, l'entrée au numéro 37 de la rue Jeanne d'Arc fut supprimée et remplacée par une fenêtre. En 2007, un violent accident de la circulation détruisit une partie du muret qui entourait la cour d'entrée et les grilles en fer forgé de l'atelier Majorelle, les travaux de restauration sont toujours en cours.

 



 

II)Description.

  1. Situation de l'édifice.


La maison est situé à l'angle de la rue Jeanne d'Arc et de l'avenue Foch. La parcelle décrit un L et ne possède qu'un petit jardin qui sert de cour. L'entrée principale se fait côté avenue Foch au numéro 41. Une seconde entrée, le numéro 37, se trouvait à l'origine rue Jeanne d'Arc, c'était l'entrée réservée aux patients du docteur.

     

  1. Matériaux.

Pour ce qui est du gros oeuvre, la maison est constituée en pierre calcaire, en pierre de taille, en moyen appareil, de moellons et d'enduit. Le second oeuvre est réalisé en bois pour l'escalier à tournant à retours, en fer forgé pour les grilles de la clôture. La toiture est en ardoise.

La particularité de l'Hôtel Jacques, c'est son plancher entre le rez-de-chaussée et le premier étage, en effet celui-ci réalisé par l'entreprise France-Lanord et Bichaton, également auteur du gros oeuvre, est en béton armée ce qui est novateur pour l'époque et il comporte en plus un aménagement avec matelas d'air pour insonorisé le cabinet médical. C'est le système Hennebique.



  1. Décoration intérieur.

Le grand escalier,qui se trouve au centre de la maison, est sortit de l'atelier Majorelle. Il est en bois. Au 1ere étage, un passage vitrée permettait aux domestiques de circuler entre la cuisine et la grande salle à manger, le décor fut réalisé par Jacques Gruber et évoque des motifs floraux.


  1. Décoration extérieur.

Les grilles en fer forgé ont été dessinés par Charbonnier et réalisé par l'atelier Majorelle. Les sculptures des corniches, des vantaux de la porte du porche, des baies, des balcons et des gardes corps ont été réalisés par Léopold Wolff. Ce sont pour la plupart des motifs végétaux.

  1. Elevation

     

La maison comporte 5 niveaux dont 2 de combles et un sous-sol. Le rez-de-chaussée était entièrement consacré à l'activité du docteur. Il comportait,principalement,deux salles d'attentes et son cabinet par lequel on accédait à un petit laboratoire situé sous le grand escalier. L'entrée des patients se faisait par une porte au numéro 37 de la rue Jeanne d'Arc, celle-ci fut supprimée par la suite. L'entrée principale était reservée aux propriétaires, on y accédait par une petite cour du côté de l'avenue Foch et qui donnait sur un porche dont les chambranles à motifs végétaux ont étés scultptés par Leopold Wolff.

Le premier étage accueillait la cuisine, un petit et un grand salon par lequel on accédait à la salle à manger. Cette enfilade salon- salle à manger est typique des grandes demeures bourgeoise de l'époque, ce qui accentue tout au plus le rang social du propriétaire.Une verrière permettait le passage des domestiques de la cuisine à l'office.La distribution de cet étage se faisait par une antichambre située directement en haut du grand escalier.

Le deuxième étage était celui occupé par le couple Jacques. La distribution se fait de la meme maniere que le première étage. L'escalier donne sur une antichambre qui distribue la chambre à coucher du couple et deux autres chambres. La chambre du docteur est la seule à disposer d'une salle de bain.

Le troisième étage est sous comble. On y accède toujours par le grand escalier. C'était l'étage réservé aux domestiques, on y trouvait trois chambres et deux salles de bains.

Le quatrième étage est un grenier de cinq pièces, son accés ne se faisait non plus par le grand escalier mais par un autre moins important, c'est d'ailleurs par ce même escalier qu'on accédait à la terrasse faîtiere.

Le sous-sol servait de reserves, que ce soit pour le charbon ou les légumes. Il y avait aussi deux caves à vins.



  1. Façades


L'Hôtel Jacques est une des rares demeures art nouveau à Nancy où l'on peut admirer   une façade principale, côté Foch, et une façade latérale, côté Jeanne d'Arc. A partir de la façade principale, l'on peut deviner les cinqs niveaux d'élévation grâce aux fenêtres et le sous-sols avec les   soupiraux. Cette façades principale est divisée en trois travées et la façade latérale en deux travées. Cette division correspond avec l'organisation intérieure.

Il y a douze fenêtre sur la façade principale, toutes relativement diffèrentes. Il y a une fenêtre de chaque côté du porche, leurs décors est assez sobre, l'une possède un garde-corps en fer forgé. Au premier étage, il y a deux fenêtres et une porte-fenêtre qui donne sur le petit balcon sur le porche. La fenêtre de gauche possède un garde-corps en fer forgé, elle est surmontée d'une petite lucarne avec linteau sculpté. Celle de droite n'a pas ou plus de garde-corps, son linteau est également scultpé. Au deuxième étage, la fenêtre dans l'axe posséde un garde-corps en fer forgé, elle est plus grande que les deux autres, celle de gauche est sobre avec grille en fer forgé, celle de gauche possède deux petites lucarnes de chaque côté.

Les étages carrés sont délimités des combles par une imposante corniche sculpté, toujours par Leopold Wolff, à motifs végétaux. La fenêtre centrale du premier étage de comble s'intègre dans un gâble.

La façade latérale possédait aussi douze fenêtres puis treize lors du remplacement de l'entrée rue Jeanne d'Arc par une fenêtre. Elles sont aussi toutes diffèrentes et dans le même style que les fenêtres de la façade principale. Seul autre intégration, un oriel sur trois niveaux.

 

 

 

 

III)Note de Synthèse.

  1. Place de l'oeuvre dans la carrière de l'architecte


Cette demeure n'est pas la première de Paul Charbonnier. Il a en effet travaillé sur des bâtiments plus imposants et plus prestigieux comme la BNP rue Chanzy ou le 66 et 66 bis de la rue Jeanne d'Arc. Mais ceci ne retire au charme de l'Hôtel Jacques qui reste néanmoins une maison typique du paysage nancéein et très apprécié des touristes.



  1. Place de l'oeuvre dans l'histoire de l'achitecture


On retiendra principalement l'utilisation du béton armé et du système Hennebique lors de la contruction de cette demeure. C'est l'une des première fois en France que l'on utilisa ce système. En 1979, la maison est classée Monument Historique.